Suite au documentaire de Martin Mischi « La voiture électrique, pas si écolo que ça » (ndlr, France5, dimanche 12 Septembre 2014),  j’ai souhaité interviewer l’un des protagonistes de ce reportage, Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire, qui se plaît à débrancher tous les véhicules électriques qu’il croise dans la rue. Ce que Stéphane Lhomme dénonce avant tout, « c’est la captation de sommes publiques incommensurables pour remplacer une voiture polluante (thermique) par une autre voiture polluante (électrique) ».
1/Stéphane Lhomme, qui êtes-vous ?
Je suis le directeur de l’Observatoire du nucléaire, petite asso loi 1901 aux moyens dérisoires mais probablement assez pertinente puisque par exemple poursuivie en justice par le géant du nucléaire Areva (Cour d’appel de Paris le 19 novembre 2013).
J’en profite pour préciser ceci : ce n’est pas parce que nous critiquons la voiture électrique que nous sommes « financés par les pétroliers », autrement je gagnerais probablement bien plus que le smic ! D’ailleurs, nous ne cessons d’affirmer qu’il est absurde de vouloir remplacer la peste(voiture thermique) par le choléra (voiture électrique) : les deux sont aussi nuisibles.
2/ Depuis combien d’années vous intéressez-vous aux voitures électriques ?
Depuis une dizaine d’année, quand les reportages ont commencé à fleurir sur le thème « bientôt toutes les voitures seront électriques » : j’ai immédiatement compris que cela pouvait être une bouée de sauvetage pour l’industrie nucléaire, que je combats…
Le fait est que tout est organisé en France pour que les bornes de rechargement soient alimentées exclusivement par le réseau EDF, et donc à 75% par l’électricité  nucléaire. En France, la voiture électrique est donc une voiture nucléaire, avec toutes les tares associées : pillage et contamination du Niger par les mines d’uranium, rejets radioactifs et chimiques des installations nucléaires dans leur environnement, production de déchets radioactifs qui vont durer des millénaires…3/ France5 a-t-il diffusé hier soir un reportage à charge comme le disent déjà certains ? N’y -a-t-il vraiment rien à garder dans la voiture électrique ?Je ne trouve pas que ce reportage était « à charge », il a juste mis en lumière de vrais problèmes et des vérités édifiantes. C’est seulement parce que ces éléments sont terriblement probants que le reportage peut paraître orienté…
Mais attention : je ne dénonce pas pour autant le fait de se déplacer en voiture, y compris électrique, à condition bien sûr de ne la prendre que lorsqu’on ne peut pas faire autrement.  Ce que je dénonce avant tout, c’est la captation de sommes publiques incommensurables pour remplacer une voiture polluante (thermique) par une autre voiture polluante (électrique).Qui plus est, 99% des acheteurs de voitures électriques sont des gens aisés, c’est donc une fois de plus l’argent de tous qui est capté au profit des plus privilégiés.
Les bonus prétendus « écologiques » à l’achat, les dépenses insensées des communes pour financer des bornes de rechargement qui seront obsolètes à peine installées, tout cela est injustifiable.

Personne ne se hasarderait à offrir l’argent public aux propriétaires de voitures essence ou diesel, leur permettre de se garer gratuitement sur des places réservées, de recharger leurs réservoirs aux frais de la collectivité, etc : alors pourquoi le faire pour des voitures nucléaires ?

4/ Pourquoi le gouvernement et les écologistes défendraient-ils une auto polluante ? Pourquoi Renault a-t-il mis tant d’espoirs en l’électrique ?

Attention à ne pas confondre les parlementaires d’Europe écologie avec des écologistes ! Ces parlementaires doivent leurs sièges au PS, ils font donc profil bas sur les questions à propos desquelles ils devraient au contraire hurler (nucléaire, voiture électrique, etc). Pourquoi les gouvernements successifs soutiennent-ils la voiture électrique ? Il y a  probablement plusieurs réponses complémentaires :
– parce que ces gens n’ont plus « la main », le pouvoir est ailleurs (finance, industrie, etc), et ils ne savent plus que faire pour exister. Du coup, on leur a amené sur un plateau une idée « formidable », et ils se jettent aveuglément dans le piège…

– de plus, les politiques sont pour la plupart extrêmement INCULTES sur les questions d’énergie. Ils ne sont pas plus informés que le citoyen ordinaire qui croit lui aussi que la voiture électrique est « propre », car il a entendu dire ça des millions de fois dans les médias…

– dans le personnel politique, les gens les plus influents sont issus ou proches des lobbies industriels. Contrairement aux autres élus, ces gens là sont très bien informés et ils savent parfaitement ce qu’ils font, eux ! Par exemple, en Gironde, le Président du Syndicat départemental d’électrification (qui tente actuellement de convaincre les communes d’installer des bornes de rechargement) est issu du Commissariat à l’énergie atomique. CQFD.

Quant à Renault, ce sont probablement les qualités de « visionnaire » de M Goshn qui sont en cause ! Mais on peut noter un changement de stratégie (sans pour autant avouer s’être lourdement trompé : le salaire mirobolant du bonhomme est sûrement dans la balance) avec le lancement de la Renault Eolab.

5/ Qui sont les victimes de la voiture « verte » ?

Les riverains des mines de lithium (Amérique du Sud, Tibet, etc), les riverains des centrales électriques polluantes (charbon, nucléaire, etc), les riverains des sites de déchets radioactifs, mais aussi tous les citoyens car leurs impôts sont captés par le lobby de la voiture électrique/nucléaire au lieu de financer les alternatives à la voiture individuelle ou tout autre activité d’intérêt général (éducation, santé, énergies renouvelables, etc…)

6/ Faut-il totalement éradiquer les véhicules électriques ?

Je me déplace le plus souvent en vélo, mais je prends ma voiture (essence) quand je ne peux faire autrement. Et lorsque je le prends, je pollue ! Je ne permets donc pas de faire la morale à ceux qui roulent en voiture, même si elle est électrique. Simplement, je leur dénie le droit de prétendre qu’ils « protègent l’environnement » alors qu’ils polluent, et surtout je conteste le fait qu’ils soient aidés par l’argent public pour polluer ainsi !

7/ Que pensez-vous des voitures hybrides ? Pile à combustible ?

Tout ce qui peut permettre de consommer moins d’énergie pour se déplacer va dans le bon sens. Pour autant, le principe de mouvoir un véhicule de plus ou moins une tonne pour déplacer une personne de 75kg est totalement absurde. Mais les humains ne sont pas raisonnables, ils vont maintenant chercher les gisements de matières premières dans les régions les plus reculées (en détruisant les espaces encore non pollués) pour alimenter leur boulimie énergétique. A fond la caisse jusqu’à la dernière minute, on réfléchira après !

8/ Quelle autre alternative plus propre proposeriez-vous ?

L’air des villes est incontestablement pollué par les échappements des voitures thermiques. Mais, si on veut purifier cet air, il faut prendre des mesures courageuses comme réduire drastiquement la circulation en voitures individuelles, éventuellement interdire le diesel, etc. Mais délocaliser la pollution est le comble du cynisme : la voiture électrique permet finalement à des urbains aisés de rouler prétendument « propre » tout en polluant loin de là ! Mais comme de toute façon la voiture électrique représentera au grand maximum une voiture sur 20 (objectif gouvernemental très improbable : 2 millions de voitures électriques en 2020), on aura gaspillé des sommes publiques inouïes sans rien avoir changé…

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  1. […] Suite au documentaire de Martin Mischi « La voiture électrique, pas si écolo que ça » (ndlr, France5, dimanche 12 Septembre 2014), j’ai interviewé dans un premier temps Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire, lequel dénonce notamment « la captation de sommes publiques incommensurables pour remplacer une voiture polluante (thermique) par une autre voiture polluante (électrique) ». Pour Stéphane Lhomme, « la voiture électrique est une voiture nucléaire » (Lire l’interview ICI). […]

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