Mon carrosse roulait sous un ciel sans nuage. Comme un ange enivré d’un soleil radieux, j’allais, avec lui, jusqu’au bout de la terre. Je goûtais aux plaisirs infinis que la liberté confère. Mon instant préféré, c’était la nuit. On se causait tous les deux. Du moins, je lui parlais. Et même s’il ne répondait pas, je pensais entrevoir une lueur amoureuse dans ses yeux qui éclairaient la beauté fugitive des chastes étoiles.
Lui et moi, c’était pour toujours. Mon fidèle allié. Mon plus solide serviteur. Celui toujours présent pour moi. Celui qui me mettait à l’abri de la pluie. Celui qui m’accompagnait jusqu’à mon boulot. Celui qui me donnait des idées. Celui qui transportait mes courses, qui emmenait mes enfants. Celui qui me rendait belle. Celui qui me voyait parfois pleurer dans le rétroviseur sans me juger.
Seulement voilà. « Les histoires d’amour finissent mal en général« . J’aurais dû m’en douter, sentir qu’il commençait à s’essouffler. Qu’il n’était pas fait pour moi. Et que s’il ne me quittait pas, c’était juste parce qu’il n’avait pas le choix, encore moi le courage. C’est vrai, je devenais exigeante, tyrannique avec lui en sentant qu’il n’aimait guère la façon dont je le conduisais. Passionnée, je partageais avec lui la moindre de mes pensées dès que j’étais seule avec lui. Docile, il m’ouvrait toujours la portière. Mais quelque chose au fond de lui avait changé. Parfois, il refusait de m’emmener promener sous la lune. Parfois il me laissait tomber en rase campagne. Parfois il ne m’indiquait plus où il voulait aller. Parfois il brouillait les pistes pour que je ne sache pas qui avait tenté de le voler. Parfois il laissait les gouttes de pluie glisser devant mon visage sans s’émouvoir. Ca me mettait en rage de sentir qu’il m’échappait, qu’il ne m’avait peut-être jamais aimé en réalité. Je devenais une piètre pilote des émotions et de ma vie.
Il devenait fuyant. Tout en lui partait en vrilles. Il était temps de le quitter. Comment faire ? On ne met pas en vente son amoureux. On ne supporte pas de voir une autre partir avec son amoureux. On envisage encore moins de voir son chéri finir à la casse. On voudrait aller jusqu’au bout. Terminer notre histoire sans souffrir. Lui dire que sans nous, il ne sera plus jamais pareil. Que la chimie de son coeur sera transformé à jamais. On lui donne une seconde chance. Mais lorsqu’il se remet à se jouer de nous en embrayant n’importe comment sur tous les sujets, on devient lasses. Et on se fait une raison.
C’est finalement totalement déprimée que je lui ai rendu sa liberté. De toute façon, la pédale d’accélérateur ne répondait plus.
Quel sera mon prochain carrosse ? Sans doute un bolide au coeur d’or qui ne me lâchera pas au premier grand virage. Mais je vous rassure, avec lui, cette fois, je signerai un contrat en leasing. Au moins, les choses seront très claires et je ne me ruinerai pas le moral avec de faux espoirs.
Et vous, avez-vous toujours du mal à vous séparer de votre voiture ?








Pour limiter la douleur, on peut les vendre à des proches! 😉
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