Des lignes. Des mains. Des corps élancés. Des visages avenants qui nous envisagent depuis un morceau de passage piéton. Il y a quelques années, alors que j’habitais encore Versailles, j’ai découvert ces étonnants dessins en allant chercher le pain. Ils me faisaient sourire, donnaient de la gaieté aux passants et m’émoustillaient : qui avait bien pu avoir eu l’idée et le talent de peindre ces passages piétons ? A l’époque, tel Zorro, l’artiste avançait masqué. Ce matin, j’ai eu la chance incroyable de le démasquer et d’interviewer l’auteur de ces croquis : Emmanuel Braudeau, un jeune peintre de 35 ans.

Emmanuel Braudeau peintre

J’ai pris un café avec lui. Il m’a expliqué des tonnes de choses sur sa technique du « dripping » et son désir de recoiffer nos passages piétons. « Dans une ville, les toiles sont innombrables. Un passage piéton est une surface idéale pour peindre. Elle est élancée. Et moi j’aime les personnages qui décollent. Comme disait Céline, les gens sont de plus en plus lourds. Et moi, depuis le niveau zéro où se trouvent les passages piétons, j’ai envie que mes dessins, mes personnages, partent vers le ciel« .

Dripping

Des anges. Des personnages doués d’un état émotionnel protecteur sur nos passages piétons, cette zone sécuritaire, cette « passerelle entre les rues qui fait rempart à la gloutonnerie mécanique« .

« Je ne veux pas pisser contre un mur, je veux simplement apporter ma touche d’harmonie »

Emmanuel vit la nuit, contemple les rues versaillaises, leur beauté, leur silence, leur recueillement et prolonge cette harmonie. « Je respecte le travail des gens de la voirie. Je ne veux pas pisser contre un mur, je veux simplement apporter ma touche d’harmonie ».

Loin de la spéculation et de la séduction morbide des artistes du chaos, Emmanuel défend à travers ses toiles une énergie porteuse qui rebondirait partout.  « Je ne veux pas montrer au public la peinture violente, celle qui se fait dans la douleur». Pour engendrer « une peinture finie qui donne sur l’infini« , Emmanuel a besoin d’être heureux. Pas question de fantasmer le bonheur. Il veut le toucher. « Moi j’ai la foi. Et mon héros est Matisse ».

Peintre Emmanuel Braudeau

Et c’est sans aucun outil que l’artiste vient à nous. Sans carapace, comme nu, il frotte, à la seule paume de ses mains, les surfaces comme on nettoie une vitre. Puis laisse couler le long de ses doigts la peinture, ce mouvement, ces formes humaines aussi gaies et généreuses que le jazz joyeux d’Errol Garner qu’il admire tant. Emmanuel a créé un style presque aussi unique que les empreintes digitales de ses doigts : le dripping figuratif« Je projette avec mon corps mon image d’humain sur les toiles ». Et ses toiles peuvent être des portes, les murs d’un jardin, ces fameux passages piéton…

J’ai un scoop : Emmanuel prépare une nouvelle collection de passages piétons. Au mois d’août, partez déambuler dans les rues de Versailles. Et traversez les rues en toute sérénité. Les nouveaux anges d’Emmanuel veilleront sur vous.

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Emmanuel Braudeau