A-t-on raison de diaboliser le diesel ?

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Je possède un diesel, enfin deux si je compte mon jean…, et depuis quelques temps j’ai bel et bien l’impression d’être une diablesse.

C’est simple, tout le monde se dit haut et fort contre le diesel: les consommateurs, le gouvernement, l’Europe… et malgré cette prise de conscience, justifiée ou non, je m’aperçois que le parc diesel continue à être très important en France.

Pourquoi accuse t-on le diesel de tous les maux? Et qui est responsable dans le lot ? Moi en tant que consommatrice ? Le gouvernement ? Les constructeurs ? La presse ?…

Pas facile à comprendre entre les innombrables chiffres, parfois contradictoires,  que l’on retrouve dans les journaux…

J’ai voulu en savoir un peu plus et décrypter … On respire un grand coup, … sans tousser, et on y va !

diesel

Dans la peau du consommateur

Quand on veut acheter une voiture, pour 65% des français, le carburant est notre premier critère de choix.

J’ai fait comme tout le monde mon petit calcul.. Je roule plus de 20000 km par an, donc j’achète un diesel (tout le monde sait que ce chiffre correspond à la distance que doit effectuer un automobiliste pour rentabiliser l’achat d’un véhicule diesel).

Sauf qu’à ma grande stupeur, une étude de l’UFC-Que choisir publiée en octobre 2012 nous apprend que 71 % des personnes sondées roulent moins de 20 000 kilomètres par an, ce qui correspond à la distance que doit effectuer un automobiliste pour rentabiliser l’achat d’un véhicule diesel.

D’accord… alors expliquez-moi pourquoi le site autoactu.com évoque une part de marché du diesel de 67% en 2013 ? J’en déduis que beaucoup de consommateurs orientent leur choix vers le diesel en ayant qu’une idée en tête…

Le diesel est vite rentabilisé: le coût supplémentaire à l’achat est compensé par le prix du gazole à la pompe. Et en plus le gazole consomme 20% à 25% de moins que l’essence.

Et vous êtes bien placés pour le savoir l’automobile coûte très chère à notre portefeuille environ 12,3% de votre budget annuel (sur la période 1998-2006) par contre le carburant représente 28.3% de ces 12.3%. C’est plus coûteux que l’achat du véhicule en lui même  (soit 24.1%). Je ferme les yeux sur le coût des pièces détachées, je tiens à votre santé…

Ces chiffres, je ne les ai pas inventés, vous les retrouvez sur le site de l’INSEE.

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Mais depuis quelque temps, et en y regardant de plus près je m’aperçois que le diesel perd des parts de marché depuis 2012. A quoi est due cette régression?

J’ai trouvé la réponse: elle s’explique par deux phénomènes:

– la réduction des kilomètres unitaires parcourus

l’offre du véhicule décarboné (hybride et électrique) qui pénètre progressivement le marché et pourrait représenter entre 3% et 8% des ventes en 2020.

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La France fait partie des plus gros consommateurs de diesel au niveau mondial : à titre comparatif, en Europe, le taux de diésélisation du parc automobile est d’environ 27 % en Allemagne, 29 % au Royaume-Uni et 50 % en Espagne (chiffres 2011!).

En y regardant de plus près j’observe que le diesel a augmenté en parts de marché entre 2000 (49%) et 2012 (72%) et depuis baisse ( j’ai déjà donné l’explication).

Pourquoi ce taux de dieslisation explose t-il sur cette période?

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Et bien tout simplement grâce à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE): c’est la taxe que vous payez losque vous passez à la pompe.

Elle représente un différentiel de prix de 17 centimes d’euros par litre entre le gazole et l’essence! La taxation est donc plus avantageuse pour le gazole.

Et j’ai trouvé pour vous l’origine de ce décrochage 

A la suite des deux premiers chocs pétroliers, La France a choisi de privilégier une politique fiscale en faveur d’une diésélisation du parc automobile dont l’objectif était de réduire les consommations de carburants dans le secteur du transport routier afin d’améliorer la sécurité d’approvisionnement et l’indépendance énergétique de la France .

Au coeur de l’Etat

Non, je vous rassure je ne vais pas vous parler du dernier livre de Michelle Alliot-Marie.

Mais plutôt de l’OMS, qui le 12 juin 2012,  a classé les gaz d’échappement des moteurs diesels comme cancérigènes pour l’homme. Et depuis toutes les études menées confirment ce résultat.

Une étude panaeuropéenne a, quant à elle, apporté la preuve en 2013 du lien entre pollution aux particules et cancer du poumon, risque d’infarctus et sous-poids des bébés à la naissance.

corps-humain[1]

Impact du diesel sur le corps humain

Mais déjà en 1988, le diesel était qualifié de dangereux par le CIRC (CentreNational de Recherche sur le Cancer).

L’article de Thomas Porcher sur le site Atlantico, Docteur en Economie à l’ESG, met en lumière une volonté de la part du gouvernement de masquer la vérité. Laurent Porcher rappelle que Noël Mamère évoque un « mensonge d’Etat ».

Vous avez bien compris que le diesel est nocif pour la santé.

D’ailleurs j’accueille en ce moment une américaine chez moi, et elle m’a dit : « diesel stincks at Paris » ce qui se traduit par « ça pue le diesel à Paris »… 

Je vous l’accorde ce n’est pas très classe, mais c’est la réalité.

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Néanmoins le Gouvernement ne peut rester silencieux!

Dans son projet de loi relatif à la nocivité du diesel datant de juin 2014, le Sénat évoque brièvement un manque à gagner pour les finances publiques de près de 8 milliards d’euros pour l’année 2011.

Mais voilà, alors que l’Etat cherche à récupérer de l’argent dans tous les coins afin de ramener la  fameuse dette publique à 3% (mais pas encore pour cette année… ), pourquoi l’Etat n’a-t-il pas réajusté la fiscalité sur le diesel ?

C’est tout simple il existe deux raisons majeures:

Tout d’abord l’Etat ne peut pas rattraper 20 ans de retard en taxation, car le coût financier ne peut-être supporté par les consommateurs.

Ensuite les lobbies des constructeurs automobiles ont un poids décisif dans la politique gouvernementale.

Bref  « Il y a eu un manque de courage politique, aussi bien de la part de la gauche que de la droite« , et ce n’est pas moi qui le dit, c’est la députée européenne Corinne Lepage.

« Toucher au diesel, c’est toucher à l’industrie automobile« , c’est-à-dire à un secteur qui revendique plus de deux millions d’emplois directs et indirects, rappelle l’ancienne ministre de l’Environnement dans le gouvernement Juppé.

Si on veut résumer simplement: le gouvernement patauge.

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Alors que cela fait plus de 20 ans que l’UE a mis en place des normes qui réglementent les émissions des polluants atmosphériques des moteurs à essence, diesel ou GPL.

Numérotées de Euro 0 à Euro 6 pour les voitures particulières et de Euro I à Euro VI pour les véhicules commerciaux, elles ont pour objectif de réduire la pollution engendrée par le transport routier et d’améliorer la qualité de l’air des zones de forte circulation.

Pour faire simpe, quatres polluants sont mesurés dans les émissions à l’échappement :

– les oxydes d’azote (NOx)

– le monoxyde de carbone (CO)

–  les hydrocarbures (HC), dont ceux non-méthaniques (HCNM)

– les particules fines, mesurées en fonction de leur masse (PM) et leur nombre (PN).

Diesel, filtre particules

La Norme Euro 5 est elle entrée en vigueur le 1 septembre 2011 en imposant les filtres à particules et en fixant certains seuils sur les polluants ci-dessus.

Je vous évite le détail des chiffres, car en plus de mal respirer, je n’ai pas envie d’être responsable de vos migraines…

Je vous invite à retenir les éléments suivants:

– Les filtres à particules sont obligatoires depuis 2011

– Ils ne concernent que 35% environs du parc actuel roulant.

– Ils ne filtrent pas tout, et surtout pas l’oxyde d’azote.

1 véhicule immatriculé avant 2000 pollue autant que 600 véhicules d’aujourd’hui

Les immatriculations antérieures à 2000 représentent 20% du parc actuel

L’arrivée de la norme 6 oblige les constructeurs à réduire également les émissions d’ oxyde d’azote, car une fois rejeté, il forme des particules secondaires un peu plus loin, s’inquiète Gilles Aymoz, chef du service qualité de l’air à l’Ademe. Ce sont des particules ultrafines qui passent très certainement dans le sang.

C’est pourquoi  le Groupe PSA  va généraliser la SCR – Selective Catalytic Reduction – sur l’ensemble des véhicules diesel dès 2014.

 

Cela vous plaît ? Vous en redemandez ? Alors on continue.

Mercredi 18 juin… L’appel de Ségolène Royalle projet de loi sur la transition énergétique présenté par la Ministre de l’Ecologie fait la part belle au développement du parc des véhicules électriques avec plusieurs mesures incitatives pour sortir de la dépendance du parc automobile aux hydrocarbures.

La Ministre propose jusqu’à 50% de réduction à l’achat d’une voiture électrique grâce à une aide subventionnée par l’Etat pour l’achat d’un véhicule électrique en remplacement d’un diesel polluant. Au total, le cumul du bonus écologique (jusqu’à 6.300 euros) et de la prime à la conversion pourra atteindre 10.000 euros.

Très bien le projet de loi, mais ce n’est qu’un PROJET. Le Gouvernement a t-il encouragé le diesel au détriment de l’écologie et de la santé?

Dans les entrailles du constructeur

Vous connaissez sans doute Carlos Tavares, le nouveau patron de PSA Peugeot-Citroën et ex numéro deux chez Renault. Il a été auditionné le 20 mai dernier par la Commission aux Affaires Economiques et concernant une question sur le diesel, il a répondu de la manière suivante:

 » Durant des décennies on nous a dit : le problème, c’est le CO2. Alors nous avons développé le diesel. Après, on nous a dit que le problème, c’était les particules. Alors nous avons développé les filtres à particules. Et maintenant, c’est le dioxyde d’azote » (…).

Les constructeurs sont faces à un dilemme: pendant plus de de vingt ans, encouragés par le gouvernement, ils ont investit des millions d’euros pour développer les moteurs diesel, et les faire évoluer en fonction des exigences des normes européennes.

Imaginez-vous dans la peau Carlos Ghosn ou Carlos Tavares… et que vous réalisiez encore près de la moitié de vos ventes mondiales en diesel. Si les moteurs que vous construisez sont attaqués de tous les côtés : du point de vue écologique et fiscal, vous n’avez qu’une crainte: la destabilisation de la filière automobile et mise en cause de la compétitivité de votre société.
Vous êtes alors obligés de vous adapter en misant sur de nouvelles technologies comme l’électricité, et en mutualisant vos partenariats sur le diesel, pour réduire vos coûts.Votre objectif étant d’accompagner le reflux du diesel en limitant l’impact économique et social, tant la filière contribue à l’activité économique.C’est pourquoi les lobbies automobiles sont extrêmement puissants et défendent bec et ongles leur filière, …n’hésitant pas à contre-argumenter sur la pollution du diesel. On comprend aisément que des millions voire des milliards d’euros sont en jeux… Pour info, « les sommes investies par PSA représentent globalement 1.7 milliard ‘Euros pour les Normes 5 et 6  »  nous explique Nils Matthess Expert et responsable du département d’expertise des systèmes de dépollution chez PSA Peugeot Citroën.
 
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Tout cela est bien joli, mais en vérité le problème ne se trouve pas dans les technologies développées…..

D’après le site dieselistedefrance.fr: « les filtres à particules sont  extrêmement efficaces, arrêtant 99.9% des particules fines, et qui répondent à une réglementation européenne très stricte… »

Bref on laverait plus blanc que blanc….. Sauf que les tests qui répondent à cette réglementation sont a priori biaisés. « Les voitures ne sont pas testées dans les conditions réelles » explique Nikolaus Steininger, l’un des auteurs du rapport, chargé de mission à la DG Entreprise et industrie de la Commission européenne

Le cycle NEDC doit être remplacé en 2014, dans le cadre de la norme Euro 6, par le cycle WLTC (Procédure d’essai mondiale harmonisée pour les voitures particulières et véhicules utilitaires légers), conçu pour être le plus proche possible des conditions d’utilisation réelles des voitures.       

Donc encore une fois on ne nous dit pas toute la vérité.

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Au final

On parle de 42000 morts prématurées chaque année à cause du diesel.

A Paris, où 45% des particules fines présentes dans l’air proviennent du trafic routier, l’Institut national de veille sanitaire a calculé que l’espérance de vie pourrait être allongée de six mois si les niveaux limites de particules fines fixés par Bruxelles étaient respectés. Ils sont dépassés… 200 jours par an.

Une seule chose  semble claire : le manque de lisibilité.

Les conclusions sont-elles faites sur des voitures trop anciennes ? Le gouvernement a-t-il encouragé le diesel au détriment de l’écologie et de la santé ? Économie ou non ? Pollue plus, pollue moins ? Ce qu’il Faudrait Démontrer.

Une chose est sûre, seules les réglementations font avancer les choses à grand pas. Et dans 10 ans, « lorsque nous dirons à nos petits enfants que de la fumée noire sortait de nos voitures, ils ne nous croiront pas » (Elon Musk).

 

 

Et Mickey 3D le dit si bien…:

Il faut que tu respiresimages[8]
C’est demain que tout empire
Tu vas pas mourir de rire
Et ça c’est rien de le dire
Il faut que tu respires
Il faut que tu respires

 

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