Il a de cela bien longtemps… déjà 20 ans, j’ai passé mon permis dans une très petite ville de Lorraine et j’ai immédiatement acheté ma Supercinq quelques jours seulement après avoir obtenu mon petit papier rose.

Je vivais dans un village, sans transport en commun, il était donc naturel de posséder une voiture.

Je l’avais achetée à un militaire avec l’argent de poche économisée depuis mes 12 ans. La voiture était couleur gris perle, et je ne supportais pas qu’on la salisse, ou qu’on ouvre la fenêtre car je ne voulais pas consommer trop d’essence. Je crois que j’ai toujours porté une attention toute particulière à mes véhicules.

Mais quelle est notre relation à la voiture  et comment évolue t-elle?

D’après Anaïs Rocci, sociologue spécialisée en mobilité urbaine, la voiture nous conduit tout d’abord vers la liberté. A 18 ans passage à une autonomie, passage au monde adulte puis notre construction identitaire poussée par une logique marchande nous incite à acquérir des véhicule d’occasion puis neufs, et de plus en plus gros, de plus en plus polluants.

Comme le souligne Madame Rocci, la voiture participe à la construction identitaire elle représente ce que nous sommes ou voulons faire paraître, conformément à notre progression dans la vie, à la fois professionnelle et privée.

La voiture est un objet narcissique, destiné à valoriser celui qui la possède ». Cet imaginaire phallique tend malgré tout à s’estomper. « Les enfants sont habitués à voir leur mère conduire. Les femmes entretiennent un rapport moins libidinal avec la voiture. Pour elles, c’est d’abord un outil pratique », observe Jean-Pascal Assailly, psychologue et chercheur à l’Inrets (Institut national de rechercher sur les transports et leur sécurité)

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La voiture permet aux hommes d’assurer leur virilité . Pour eux, la voiture est un signe de pouvoir. Derrière leur volant, les hommes se sentent invincibles. Mais de plus en plus de femmes ont  un comportement proche de la gente masculine. Car la voiture permet désormais à la femme d’affirmer sa virilité cachée. Et personnellement je n’ai jamais considéré la voiture comme un outil pratique, comme la plupart des femmes,  alors que c’est le cas de mon compagnon:) J’aime rouler vite, la nettoyer, la bichonner…

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Mais il y a bien un point sur lequel j’ai évolué avec le temps c’est  l’écologie.

Il y a 20 ans, les conducteurs n’étaient pas sensibilisés à la pollution. Et pourtant je me souviens de mon père qui, ayant effectué de nombreux séjours en Afrique, me dit un jour cette phrase alors que nous rentrions de Nancy : « Ma fille, avec ton trajet de 40 km, tu pollues autant qu’un africain dans toute sa vie ».

Désormais les bonus écologiques et actions gouvernementales nous retranchent dans notre citoyenneté.

En ce sens la voiture est un objet de prise conscience. Car on se montre socialement responsable en utilisant une voiture électrique, hybride.

La voiture est aussi le seul objet technique sophistiqué dans lequel le corps humain peut se lover, comme dans une seconde peau, et dans lequel on se sent vivre. C’est donc un objet pratique et symbolique, car conduire c’est aussi tracer une trajectoire de vie.

Comme évoqué dans l’article Crash et Crush: propositions indécentes ou dans Ma vie de couple, cette bérézina; on peut conduire en exprimant toute une gamme de perceptions, de sentiments et de relations symboliques, à la mort en particulier.

TOI : tu es MOI mon objet d’expression de la passion et peut-être de l’amour.

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