Les Hommes ont un meilleur sens de l’orientation que les Femmes.
Si ! C’est vrai !
Même les scientifiques le disent.

Il parait que ça viendrait d’un réflexe archaïque du temps de la préhistoire, à l’époque où, pour la survie de la horde, les hommes partaient chasser loin et revenaient sans se perdre. Ils devaient donc  pouvoir s’orienter dans l’espace de manière très abstraite : « tout droit pendant deux jours et légèrement à droite au troisième ». Tandis que les femmes étaient chargées de la cueillette autour du camp et de la garde des petits. Elles ont développé un sens de l’orientation basé sur la reconnaissance de repères identifiés : l’arbre creux, le buisson de baies, le point d’eau…

Concrètement, de nos jours l’homme dirait « Le restau où nous avons rendez-vous est par là-bas » et une femme dirait « Retrouvons-nous à l’italien situé à l’angle de la rue, entre Zara et le Monop’». Les hommes utilisent principalement leur hémisphère droit (spécialisé dans la représentation spatiale et le raisonnement mental), tandis que les femmes utilisent plutôt le gauche (le langage et le raisonnement analytique).

Ça veut donc dire que sans repère, une femme serait plus dans l’embarras pour retrouver son chemin qu’un homme. Bon, certes, même si je ne suis pas représentative de la population féminine, j’avoue que je me reconnais bien dans cette affirmation. Je suis, en effet, totalement incapable de retrouver ma voiture dans un parking si je n’ai pas préalablement noté et visualisé que je l’avais garée dans la zone violette à l’étage « Beethoven », place 395 en face de l’ascenseur. J’ai longtemps pris cette tare pour une malédiction inéluctable liée à mon déficit en testostérone. En résumé, si la horde comptait sur moi pour ramener, sans me perdre, le fruit de ma chasse, l’humanité serait végétarienne.

Rallye des Gazelles

Retour à la carte et à la boussole au Rallye des Gazelles

Puis un jour, on m’a parlé du Rallye des Gazelles. Une épreuve en 4×4, Crossovers, quads et motos, réservée aux femmes et axée sur l’orientation « à l’ancienne » : avec carte et boussole. Ce concept étonnant va dans le sens les conclusions de la psychothérapeute et neurobiologiste Béatrice Millêtre : « le GPS entrave le développement de notre sens de l’orientation ». En ignorant la petite voix métallique qui vous susurre « préparez-vous à bifurquer à droite à 500m » ou qui vous ordonne de « faire demi-tour, si possible », vous réactivez votre boussole intérieure, votre sens de l’analyse et de l’observation. Vous retrouvez vos instincts et une certaine confiance en soi. Le Rallye des Gazelles est donc une épreuve d’orientation qui utilise l’hémisphère gauche du cerveau : une course hors-piste où stratégie et orientation ont pris le pas sur vitesse et roadbook : c’est tout simplement un challenge décalé et totalement génial, c’est un challenge pour moi !

En fait, c’est même plutôt fastoche…
Il suffit de tirer des lignes droites sur la carte, relever les caps et s’assurer que les repères qu’on croise sur la carte sont bien présents sur le terrain. Je me dis tout naturellement que je devrais peut-être tenter de participer à ce rallye afin de réanimer ma boussole interne et passer moins de temps dans les parkings souterrains. Non mais franchement ! Qui pourrait rater une barre rocheuse de 3 Km de large avec un point culminant à 1500m en plein milieu de nulle part ? Il semblerait que ce ne soit pas si simple que ça. Avec une carte truffée de repères, tels que des montagnes, des oueds, des plateaux, des barres rocheuses… les concurrentes doivent trouver  et rallier des check-points symbolisées par des drapeaux cachés de manière plutôt sadique dans le Sahara marocain. Les meilleures sont celles qui auront parcouru le moins de kilomètres. La ligne droite étant le plus court chemin entre deux points, cela signifie que les gazelles doivent également maîtriser l’art du trial pour venir à bout des kilomètres de dunes, de cours d’eau asséchés, de falaises et de plateaux caillouteux qui jalonnent leur parcours. Ça commence à se corser cette histoire de chasse à la balise…
Pourquoi cette épreuve est-elle réputée comme étant difficile et éprouvante ?

Même David Casteu (Pilote Yamaha du Dakar) et Eric Loizeau (Coéquipier d’Eric Tabarly) qui y ont participé en tant que concurrents invités en 2011, ne tarissent pas d’éloges sur ce rallye et ces difficultés. Les valeureuses gazelles arrivent, équipées d’un compas, d’un crayon, d’une gomme et d’une carte, à trouver des aiguilles dans un bac à sable. Pour m’aider comprendre ce qui pousse les gazelles à dépasser leurs limites, j’ai rencontré l’une des plus affutées d’entre elles : Syndiely Wade. Cette très belle femme au sourire radieux et à la voix rassurante a à son actif plusieurs participations au Dakar et au Rallye des Gazelles (qu’elle a d’ailleurs remporté deux fois). A peine installée, elle me sort ses instruments de navigation, ses cartes toutes griffonnées et scotchées ainsi que les fameux roadbooks des gazelles qui ne comportent que des coordonnées géographiques (latitude et longitude) et des caps. De prime abord, c’est assez intimidant voir indigeste. Je me dis que je ne suis pas venue prendre un cours de trigonométrie, puis au fil de ses explications, je me laisse porter par son enthousiasme communicatif. Syndiely est pédagogue et généreuse en conseils.

Je n’ai pas insisté longtemps pour qu’elle me livre ses 10 astuces qui vont booster mon sens de l’orientation.
1/Ne pas surestimer les autres et ne pas se sous-estimer
2/Pas d’excès de confiance non plus. Trouver le juste milieu.
3/Ne pas voir ce qu’on a envie de voir : se fier à sa carte et à son compas
4/Noter au fur et à mesure l’itinéraire parcouru et le kilométrage sur la carte
5/Toujours se demander si le cap suivi est logique par rapport au soleil
6/Valider les reliefs autour de soi avec la carte
7/Apprendre à évaluer les distances
8/Etre rigoureuse dans ses reports de cap
9/Ne pas hésiter à remettre sa stratégie en question en fonction des reliefs rencontrés et du temps restant avant la fermeture des check points
10/Et surtout être relax et détendue pour profiter de ces beaux moments de rencontres et de partage. Le stress nous pousse à faire des bêtises !

Avec tous ces conseils, c’est sûr : je tape le podium sur le prochain Rallye des Gazelles !

syndiely Wade