La Fête du travail n’est pas la sienne. Le jour où les autres se reposent, François Roudier, le boss de la com du comité des constructeurs Français (CCFA) est débordé et, pour cause. Il vient d’annoncer, cette nuit même, une chute historique de 88, 84% des ventes de voitures en France. Il a pris quelques minutes pour m’en parler au téléphone.

« A part mes ancêtres en 1929 et 1940, personne n’avait vécu un tel cataclysme dans l’automobile »

Ce 1er Mai, François Roudier, directeur de la communication du CCFA, a passé une journée pour le moins cauchemardesque. « A part mes ancêtres en 1929 et 1940, personne n’avais vu un tel cataclysme », me commente au téléphone celui qui relaye chaque jour la véritable veille ouverte que mène le CCFA sur toute l’industrie automobile. « Le chiffre est terrifiant : – 88,84%, poursuit François Roudier. Si les immatriculations de voitures ont plongé d’une façon historique, c’est bien sûr la conséquence logique de l’interruption du trafic dans les concessions, fermées à cause de l’épidémie de coronavirus, et du confinement de la population pour l’endiguer depuis un mois ». 

« Ce à quoi personne ne s’attendait, c’est la crise sanitaire sans précédent , tous les protocoles sanitaires à mettre en place et le budget que cela implique « 

Protocoles sanitaires : un budget supplémentaire

Mais, au-delà de ce chiffre apocalyptiques des ventes de voitures, il y a un élément nouveau et crucial que note François Roudier. « Ce qui marque cette période, et ce à quoi personne ne s’attendait, c’est la crise sanitaire sans précédent et tous les protocoles sanitaires à mettre en place », poursuit-il. Des vendeurs de voitures ou des garagistes en tenues de cosmonautes, des autos à désinfecter pour la vente comme pour les essais presses des journalistes, des transports collectifs impossibles à correctement désinfecter en permanence : « tout cela forme une organisation et un budget supplémentaire que personne n’avait prévu ». Le directeur de la communication de CCFA ajoute que cette crise sanitaire impactera surtout les transports en commun où l’on assiste à « la destruction d’un business model et où le budget sanitaire va exploser ».

François Roudier ose à peine imaginer les problèmes innombrables qui vont se poser à partir du 11 Mai dans les transports collectifs. « Il pourrait y avoir des scènes apocalyptiques quand il va pleuvoir et que tout le monde va se regrouper pour s’abriter ».

Finalement, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’industrie automobile (qui rapporte aussi à l’Etat 83 milliards de taxes chaque année, « formant ainsi un impôt indolore capable de payer la dette ») la voiture apparaît comme le moyen de se déplacer le plus sûr pour se protéger du virus. « Tout porte à croire que toute une partie de la population va se tourner vers les autos qui polluent nettement moins qu’avant et ont à nouveau démontré leur importance pour rapatrier les malades ou servir au personnel médical en ces temps d’épidémie. Dans des interviews, certains retraités songent même à servir de chauffeur et à déposer leurs enfants au travail à bord de leur auto ». 

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Achats post crise et plan de relance salvateur

Malgré le chiffre effrayant de – 88,84%, le directeur de la communication du CCFA n’en reste pas moins optimiste :  « On a touché le fond ce mois-ci et, sauf nouvelle vague d’épidémie comme les Japonais le craignent, nous ne connaîtrons plus jamais une telle plongée des immatriculations. Avec le déconfinement du 11 Mai, malgré les nombreuses incertitudes qui planent, on sait que l’industrie automobile va enfin entrer dans une phase de relance ».

Car François Roudier croit en deux choses : à un plan de relance de l’Etat, d’une part, et à la capacité financière des Français qui ont économisé ces derniers mois, d’autre part et qui voudront se déplacer dans une voiture individuelle (comme c’est d’ailleurs la grande tendance en Chine) et feront des achats compulsifs post-crise, espère t-il. « En priorité, il faut que l’Etat relance l’aide de 6000 euros pour l’achat de véhicules électriques et hybrides pour les entreprises. Il doit aussi inciter les particuliers à acheter ces nouveaux véhicules que ces clients potentiels n’ont toujours pas pu essayer pour qu’ils évaluent les atouts de ces modèles verts ». Car le problème sous-jacent est que si les hybrides rechargeables ne s’écoulent pas, les constructeurs devront payer des amendes parce qu’ils ne répondront pas aux nouvelles normes drastiques de CO2. « On table sur une baisse de 20 % du marché sur l’année, à la condition d’un plan de relance substantiel. La condition, c’est vraiment le plan de relance, insiste François Roudier, et il y a beaucoup d’inconnues, notamment la santé financière des concessionnaires ». 

Le directeur de la communication du CCFA m’a enfin confié ses craintes concernant la vente de véhicule d’occasion entre particuliers. « Personne ne voudra prendre le risque d’acheter une auto qui a pu être contaminée et cela va poser d’énormes problèmes ».

Mais c’est malgré tout sur une note optimiste que François Roudier conclut : « On ne sait pas vers quels types de modèles les Français vont se tourner. En quoi auront-ils désormais envie de rouler ? Nul ne le sait. Mais je pense que la part de LOA pour les particuliers va passer de 40 % à plus de 80%, car les réseaux vont mettre le paquet sur ce mode de financement, en décalant, par exemple, le première mensualité jusqu’au au mois de Janvier 2021 pour soulager les clients. On compte aussi sur l’Etat pour abaisser la TVA. L’auto n’a pas dit son dernier mot ».