Voilà. On roule depuis deux heures. A l’horizon, loin, très loin, coincé entre les larges voies de bitume de l’autoroute, un grand morceau de vacances. En attendant le point de fuite avec maillot de bain et tuba dans la mer, les enfants pleurent. Pas assez d’activité. Trop d’ennui. Pas assez de distraction depuis leur siège auto. Les parents accélèrent entre deux radars, s’arrêtent sur les aires d’autoroute. Ca continue à hurler, à crier. Les enfants s’arrachent les carambars, dévastent les toilettes, bousculent les voyageurs à la machine à café, se perdent : ils en veulent toujours plus. Rien ne les arrêtera plus jamais de pleurer, c’est sûr. Les réinstaller dans leur siège auto a déjà été un enfer. On a repris la route des vacances dans un état de délabrement avancé.

Soudain, les pleurs s’arrêtent.

– Maman, un tunnel, génial !

Et voici qu’une enfilade de tunnels joue le rôle de nounou en nous offrant enfin un peu de répit.

– Waouh ! (Mon enfant de 5 ans ressemble à un ravi de la crèche)

– Areuh, areuh ! (Mon petit de 2 ans en redemande à sa façon)

Tunnels

Mais qu’est-ce qui leur plaît tant là-dedans ? Option poétique : les loupiotes. Option dramatique : le risque de périr dans un incendie. Option sarcastique : le risque que papa-maman se fassent surprendre par un radar dissimulé dans le décor répétitif ? Option irritante : le fait d’avoir la radio coupée en plein match de tennis de Federer et d’être loin de la civilisation ?

Tout à coup, l’explication magique du tunnel surgit  :

– Papa, maman, on adore ! On dirait qu’on est dans une soucoupe volante.

La voiture est étrange : à la fois comme une petite maison dans laquelle on s’ennuie et comme un vaisseau sidéral dans les entrailles de la terre.