C’est sans doute le paradoxe des grands froids à venir. Selon un sondage réalisé par le site Allopneus.com, 62,16 % des Français sont convaincus par les pneus hiver (ou « contacts » pour faire pro). En revanche, ils ne sont que 24,25% à se déclarer prêts à s’équiper cet hiver. Dans la vraie vie, ils ne seraient d’ailleurs que 13% à sauter le pas et à chausser leur auto pour lui éviter le fossé, selon une estimation. Pourquoi ce décalage entre le fantasme et la réalité ? Pour des raisons évidemment pécuniaires. Car un pneu hiver, ça coûte cher : entre 10 et 20% de plus qu’une gomme ordinaire. Un surcoût qui n’est pas seulement destiné à enrichir les actionnaires des manufacturiers. Mais pour que le caoutchouc reste tendre en deçà de 7° (c’est le secret des pneus contacts), il doit être traité d’une manière particulière et plutôt chère. Résultat, le train de 4 pneus coûte entre 200 et 500 euros selon la taille du carrosse. Et pas question de ne s’en offrir que deux, sinon c’est le patinage plus ou moins artistique garanti. En plus, il faut les remiser dès le printemps et, donc, disposer d’un copain bricoleur pour changer les quatre roues, et d’un recoin pour les stocker. C’est beaucoup, et l’on comprend mieux la réticence des Français et le peu de pneus hiver sous les sapins à Noël.

Pourtant, dans d’autres pays d’Europe, comme en Allemagne, toutes les autos, dès les premiers frimas venus, sont équipées de pneus hiver. Et pour cause. C’est que de l’autre côté du Rhin, ils sont obligatoires. Ce modèle allemand, le député UMP Pierre Morel-A-L’Huissier l’aurait bien appliqué en France, sans pour autant rendre ces pneus obligatoires, mais en incitant les français à cet achat. En octobre 2013, il a même déposé une proposition de loi dans ce sens. Mais depuis, rien. Pas la moindre avancée en vue. On peut comprendre la réticence des élus à débourser quelques millions d’euros, puisque le parlementaire a précisé, dans son projet, que l’Etat devrait aider les ménages modestes pour qu’ils puissent s’équiper. Il a également demandé aux assureurs de baisser les tarifs pour tous ceux qui étaient ainsi chaussés.

Mais peut-être que les parlementaires qui ont retoqué cette loi ont eu des visées à courte vue, ne voyant que le budget supplémentaire que l’Etat devrait allouer aux acheteurs de pneus. S’ils avaient pris en compte les économies liées aux accidents, forcément en baisse grâce aux gommes miracle, peut-être auraient ils adopté cette nouvelle législation. Sans compter les sous économisés par les collectivités locales et territoriales chargées de déneiger les routes. Un déneigement plutôt polluant puisque le sel employé est hyper corrosif. En Allemagne, seuls les grands axes sont quotidiennement déneigés. Sans pour autant faire grimper le taux d’accidents en flèche.