Il existe des pionnières dont plus personne ne se souvient du nom. C’était le cas d’Hellé Nice, qui fut pourtant la première femme à courir des Grands Prix face aux hommes et injustement accusée de Collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet été, le 20 Juillet 2021 exactement, c’est la pilote automobile Louisette Texier aux multiples talents, qui a sombré dans la nuit à l’âge de 108 ans. Un grand siècle à vivre de ses multiples passions derrière le volant (jusqu’à son dernier rallye à 80 ans et son dernier tour de kart avec son petit fils à un peu plus de 100 ans), mais aussi une furie dans la vie et dans ses boutiques qu’elle a géré jusqu’à sa retraite qu’elle a daigné prendre à 90 ans. Comme dit Hélène Bekmézian dans le journal « Le Monde » à propos de Louisette : « Vivre vite, mourir vieux ». Retour sur son incroyable trajectoire pour que l’on n’oublie pas cette grande pilote.

Une dernière virée en karting, à 104 ans…

« Je préfère arriver avant les autres pour avoir le temps de me remaquiller et de me recoiffer pour être fraîche comme une rose ». Louisette Texier, née Arpiné Hovanessian, dans un village arménien de Turquie en 1913,  assumait sa coquetterie jusque sur les épingles de rallye. Elle affirmait aussi, espiègle et provocatrice, que « les femmes résistent plus facilement à la fatigue que les hommes« . Cette aventurière fonceuse a mené toute sa carrière – et finalement sa vie – sous le patronyme de Louisette et n’a jamais baissé la garde : rescapée du génocide arménien de 1915, elle accumule les coupes sur les rallyes du monde entier, n’hésite pas à faire 800 km sans pare-brise sous la pluie pour terminer troisième au général des Charbonnières, tout en devenant parallèlement une pionnière dans la commercialisation des jeans en France.  

Louisette Texier : première femme engagée au rallye de Monte-Carlo

Affirmer que cette femme puissante, première fille engagée au rallye de Monte-Carlo au volant d’une Simca Aronde P60 Montlhéry, était une battante, serait trop léger. C’était une tigresse, une passionnée à la rage de vivre, une Résistante dans tous les sens du terme. Lorsque les Allemands envahissent Paris, Louisette cache des juifs et participe à la libération de la capitale. Après la guerre, elle prend le temps de donner naissance à deux enfants. Mais chassez le naturel et il revient au galop : celle que l’on surnommait le « Bulldozer » n’est pas une petite souris. Louisette a soif d’indépendance. « J’ai préféré vivre pleinement, j’en ai eu marre des hommes ! ». Elle divorce et décide de vendre des jeans pour femmes. Une idée avant-gardiste qui rencontre le succès dans sa première boutique de Neuilly.

Fascinée par les sports mécaniques

C’est à cette période que celle qui n’a jamais pris le temps de vieillir, assiste à une course de moto à laquelle participe le pilote Georges Houel. C’est le syndrome de Stendhal : la jeune femme est hypnotisée par le bruit des moteurs, la vitesse des engins, son coeur bat plus fort que d’ordinaire, elle tremble, elle a le vertige. C’est ça qu’elle veut désormais : se jeter corps et âme dans les sports mécaniques. Car a 15 ans déjà, lorsqu’elle avait fui le génocide arménien, elle était devenue danseuse à succès dans les cabarets de Montmartre (une similitude troublante avec la pilote Hellé Nice, danseuse dénudée sur la scène de différents cabarets parisiens). Seulement, ce succès ne lui a pas suffit : après avoir appuyé sur la pédale de l’accélérateur d’un bolide, Louisette déclare « Tant que je suis dans une voiture, je suis heureuse. Le reste, je m’en fiche ». Maquillage et automobile : les deux préoccupations principales que partage ma Pétasse au volant dans mon premier roman.

Louisette, danseuse à l’âge de 15 ans sur la scène de différents cabarets parisiens. Ses revues sont un triomphe.

Louisette se forme finalement à toute hâte au pilotage auto. Et conduit en un tour de mains les carrosses mieux que personne. La bagnole, c’est son truc. Jusqu’en 1964, elle enchaîne les rallyes, et participe au Tour de France auto avec son auto personnelle : une Jaguar MK2. Puis séduit à 6 heures du matin un marquis épaté de la voir siffler un verre de blanc et se régaler d’une omelette au lard au petit déjeuner. Il l’épouse et la couvre de voitures prestigieuses. En 1963, elle termine deuxième au général et enchaîne des victoires à travers l’Europe. 

Une trajectoire de 108 années à couper le souffle. Et qui mériterait bien une jolie biographie. N’est pas Louisette qui veut…