Les Français prêts à bloquer les routes le 17 novembre 2018

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Etes-vous prêt à bloquer les routes samedi 17 novembre ? J’ai interviewé ceux qu’on appelle désormais les « gilets jaunes » ainsi que des organisateurs qui ont créé des pages Facebook pour rassembler les foules. Quel est le sens de ce mouvement de protestation né ces dernières semaines après la hausse du prix des carburants ? Et à quoi ce blocage servira selon eux ? Mini éclairage sur un phénomène nouveau qui se traduit par des pétitions en ligne et des appels à manifestation autoproclamées citoyennes et apolitiques sur les réseaux sociaux.

L’appel commence à gronder et à monter sur les réseaux sociaux jusqu’à créer un climat insurrectionnel. Un appel sur des centaines de pages Facebook animées par des « Français de l’ombre » afin de protester contre la hausse de prix du carburant : 23 % pour le diesel, 14% pour l’essence. Les derniers prix relevés : 1.73 euros/litre en moyenne pour le diesel et 1.67 pour l’essence.

J’ai rencontré Matthieu, un boulanger de 33 ans, prêt à bloquer la France le 17 Novembre à Auxerre (89).  « Les Français en ont assez, me souffle-t-il et il faut que le gouvernement les entende. Avec 1500 euros comme salaire moyen, nous sommes étouffés financièrement alors que le carburant va sans doute dépasser les 2 euros/litres début 2019. Les gens prennent leur voiture pour aller travailler et ne s’en sortent plus. Macron est le président de la taxe. On veut juste que ça cesse. »

J’ai également interviewé Rémi, un organisateur du blocage qui a créé sa page Facebook. « Au début, nous étions juste un groupe d’amis qui voulait bloquer le périphérique parisien. Mais finalement, ça a pris une ampleur phénoménale qui nous dépasse». Inquiétant ? Non selon cet électricien de 40 ans, « car c’est un mouvement pacifique. On veut juste que les taxes arrêtent et montrer qu’on ne peut plus assumer tout ça. Sur notre page, nous avons plus de 200 000 personnes dont 30 000 participants. On appelle à une opération escargot pour faire changer les choses : les taxes décidées par l’Etat que nous ne trouvons pas juste. Il faut penser aux fins de mois des familles, aux loisirs que nous ne pourrons pas faire ». Seulement, le gouvernement peut-il reculer sur les taxes avec des hausses déjà prévues sur les prochaines années et le  marché pétrolier qui est mondial ? « Le travail ne paie plus », me confie Romain, 34 ans, vendeur dans un magasin de sport et qui a déjà placé son gilet jaune de façon visible derrière le pare-brise de sa voiture. Pour trouver un logement abordable, je me suis éloigné de la ville avec ma femme. Résultat : nous avons écopé d’un crédit maison et de deux crédits voiture. On ne s’en sort plus ».

Ca bouge. Même dans le Puy de Dôme. Anthony, un administrateur de groupe Facebook explique qu’il a 10 000 inscrit sur le département (63). Leur but : faire reculer les décisions car il n’y a aucune justification. « Je suis chef d’entreprise et on parle des économies et de l’emploi, mais lorsqu’on ne peut plus mettre de gazoil, comment fait-on ? Tout le monde est concerné par ce mouvement ». Un mouvement fourre-tout ? « Non, un ras le bol qui concerne tout le monde, poursuit Franck. Que reste-t-il au fond de nos poches à la fin du mois ? Le 17 novembre, on a organisé des opérations escargots sur notre axe d’autoroute gratuit vers Clermont-Ferrand. Idem dans le centre-ville. Des réunions sont prévues. Des flyers seront distribués. Et le mouvement ne va pas s’arrêter là ».

Les Français se sentent pris à la gorge. Le carburant, « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », décrit Eric qui a participé, à Nîmes, à un premier rassemblement de  50 personnes pour prévoir ce qu’ils allaient faire. Au pied levé, les Français tentent de s’organiser. «  Ca ne va pas servir à grand-chose. Mais si on ne dit rien, on ne saura pas à quel point c’est dur pour tout le monde. C’est le début d’un grand mouvement qui peut aller très loin. C’est la première fois que je vais manifester. Je veux le faire pour mes enfants. Et j’invite tout le monde à le faire ».

L’appel du 17 Novembre 2018 est-il toujours apolitique ?

Les administrateurs de ces groupes, affirment tous s’être lancés sans influence politique. « J’ai créé cette page pour mobiliser les personnes qui ont du mal à joindre les deux bouts, bouffés par toutes ces taxes », explique Jimmy, qui appelle à la mobilisation au péage de Sigean dans l’Aude. « Cette fois, on oublie la gauche et la droite, on est juste tous logés à la même enseigne, des citoyens français submergés de taxes ».

Reste que les tentatives de récupération politique de ce mouvement spontané et apolitique sont nombreuses et on peut s’attendre à voir défiler, le 17 novembre, quelques figures populistes aux côtés des manifestants.

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