On avait préparé de jolis jeux de mots rien que pour elle. Mais tant pis : elle ne s’appellera pas Kayou, finalement, mais Kwid. Les facétieux ingénieurs du Losange avaient utilisé ce nom de code tout au long de la phase de développement, mais la direction en a décidé autrement, en lui offrant un nom utilisé pour un récent concept-car de la marque. C’est donc la petite Kwid qui a été dévoilée ce matin à Chennai en Inde par Carlos Ghosn lui même qui a fait le voyage pour expliquer de quoi il en retournait. Au programme : 3,68m, une allure de SUV en trompe-l’œil, un nouveau moteur trois cylindres essence et une nouvelle boite de vitesse. Le tout coutera 4200 euros dans le sous continent.

Renault Kwid

Et nous, en France, on se contente de la regarder passer ? C’est qu’une telle auto, petite, citadine, à ce petit prix pourrait évidemment séduire l’hexagone ou un tiers des voitures vendues sont précisément des citadines. Un pays ou, en plus, le low cost cartonne, puisque Dacia (filiale de Renault) s’offre 7% des parts de marché. D’ailleurs, la marque roumaine était elle aussi conçue à l’origine pour n’être vendue que dans les pays émergents, avant que la direction du losange ne change d’avis. Un boulevard, donc, d’autant que les plus petites Dacia sont les Logan (avec un coffre) et les Sandero (les mêmes avec un hayon). Des autos presque aussi grandes que des Mégane. La Kwid trouverait donc tout naturellement sa place dans le catalogue, en entrée de gamme de la marque bas de gamme. D’ailleurs Carlos le boss a joué les laconiques sur l’arrivée de la drôle de petite auto en France. « Rien n’est décidé, c’est le marché qui décide ». A priori, il a déjà décidé, le marché.

Kwid n’est pas apte pour la France

Sauf qu’il ne suffit pas de décider de vendre des Kwid dans l’hexagone pour les voir fleurir sur les routes. Car les normes européennes sont d’un autre calibre que celles en vigueur en Inde. Pour être homologuées, les voitures doivent subir une batterie de tests et de crashs-tests qui les obligent à disposer de carrosseries à déformation programmée. Mais elles doivent aussi être équipées de dispositifs électroniques obligatoires. C’est le cas de l’ABS, par exemple. Ce système d’antiblocage des roues est obligatoire sur toutes les voitures neuves qui circulent dans l’hexagone depuis 2004. Et il ne s’agit pas simplement d’installer quelques puces sur les Kwid, mais de revoir entièrement leur système de freinage. En outre, depuis 2011, toutes les voitures circulant sur le vieux continent doivent être équipées de l’ESP (electronic stability program). Un système qui permet d’éviter (quelques) dérapages intempestifs. Sans compter la mise aux normes anti-pollution en vigueur qui oblige les constructeurs à veiller sur le taux de rejet de C02 de leurs moteurs. Au delà de 130g du km, c’est le coup de massue : l’acheteur doit s’acquitter d’un malus compris entre 150 et 8000 euros, selon ce fameux taux. Rédhibitoire pour un low cost.

Pas moins de 6 000 euros

Évidemment, tous ces éléments peuvent parfaitement être adaptés sur la Dacia Kwid qui sera vraisemblablement vendue en France un de ces quatre matins. Et d’ailleurs, l’usine de Tanger, ou sont notamment assemblés les Duster et Lodgy de la marque, a déjà prévu de lui faire une petite place sur ses chaînes. Mais le surcoût engendré par la mise en conformité de la petite Kwid devrait ostensiblement faire monter l’addition. Et de 4200 euros, elle pourrait facilement coûter 6 200 euros. Ce qui reste certes peu cher, puisque la petite citadine la moins onéreuse du marché, la Suzuki Celerio, elle aussi d’inspiration indienne, s’affiche à 7390 euros.