C’est un rituel qui dure depuis le 5 décembre, début de la grève des transports. Chaque matin, entre 6h et 10h, les routes et autoroutes d’ile de France se transforment en un immense parking. On peut, du coup, supposer que les millions d’habitants ainsi coincés se font une joie, dès le lever, de retrouver leurs concitoyens, et de discuter le bout de gras, d’une portière à l’autre. Rebelote le soir, entre 17h et 21h. Un moment où chacun est ravi de retrouver les galériens du matin.

Évidemment, la vérité est un peu moins joyeuse et beaucoup moins conviviale. Les forçats du périf, de l’A86 et de la Francilienne réunis et pareillement saturés n’ont pas délibérément choisi leur sort, mais les transports à l’arrêt leur ont imposé. Sauf que, que deviendraient-ils sans leur auto et les bouchons qui vont avec ? Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir télétravailler pendant trois semaines. Tout le monde ne vit pas à 5 mn à pied de son bureau. Et personne n’a envie de sacrifier ses congés pour ne pas avoir à aller bosser d’ici Noël. Tenter de s’arranger avec le peu de transports disponibles ? Ils ont peut-être essayé de monter à l’assaut du seul train en circulation. Ils se sont tassés, collés, serrés, avec leurs voisins de colère. Mais la promiscuité subie et non choisie n’est pas forcément le rêve d’une vie. La trottinette électrique, le Velib ? Pourquoi pas. Mais à Noisy Le Grand, ils sont rares. Et pour aller à l’Etoile, il faut emprunter l’autoroute A4. C’est moyennement pratique, et formellement interdit.

La voiture VS le train

Alors il leur reste la bagnole. Leur bonne vieille auto dans laquelle, au chaud, ils écoutent la radio qui leur égrène les centaines de km de bouchons ou ils sont. La voiture dans laquelle, au chaud, ils patientent, pensent, rêvent de routes campagnardes et désertes. La campagne, ou la province, ou la région, ou les territoires, comme on dit, où les transports eux aussi sont en grève et où vivent tous ceux qui ne font pas parti des 12,2 millions de Franciliens, ce qui en fait un certain nombre. Mais si des bouchons y surgissent aussi depuis le début de la grève, ils sont parfaitement supportables, hormis autour des très grandes villes. Du coup, certains automobilistes provinciaux pourraient même, dans leurs rêveries matinales, nourrir le projet de délaisser les transports en commun qu’ils utilisent en temps normaux. Des temps d’avant les grèves. Et ces dernières pourraient bien, au final, devenir le meilleur ambassadeur de la voiture au quotidien.