Alors que les Évenks de Sibérie, peuple nomade éleveur de rennes, sont capables de se repérer sur un immense territoire en observant les rivières et les courants qui le traversent, nous autres occidentaux sommes devenus tributaires d’un accessoire technologique qui, à l’instar du portable, créée une forte dépendance. Mais où sont donc passées les cartes routières ?
Le Global Positioning System (GPS), qui est apparu aux Etats-Unis en 1991, s’est immiscé dans notre vie quotidienne pour le meilleur et pour le pire à en juger d’après les interviews que nous avons réalisées cette semaine auprès de conductrices tantôt séduites, tantôt excédées.
Face aux GPS, les conductrices se répartissent en trois grandes catégories :
1) L’insoumise
2) La docile
3) La réfractaire
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1) L’insoumise
Elise, 35 ans, fait partie de ces conductrices qui se méfient de leur GPS et ne peuvent s’empêcher de lui désobéir de temps à autre :
« Mon mari, c’est mon « GPS live ». Quand il n’est pas là j’utilise le GPS intégré de la Jeep Cherokee qui a un cd auto guidage. J’ai choisi la voix de Jack pour me guider, elle est posée, rassurante pour mettre en confiance le conducteur, enfin de toute façon c’était la seule voix de mec parmi toutes ! L’autre jour je l’ai maudit, je partais en voiture de Marseille pour fêter un anniversaire à St Tropez avec des amies de Paris. Jack me dit de prendre la nationale. Mon mari m’avait indiqué un autre chemin. Je vais contre le gré de Jack, appelle mon mari entre deux voitures au péage, et fais 20 bornes sans rien comprendre. Les autoroutes se croisent, se chevauchent, Jack me dit soudain de prendre à gauche, j’étais sur l’autoroute !!! A chaque fois qu’il parle, je lui réponds, je deviens de plus en plus grossière : « Mais oui c’est ça, mais bien sûr connard ! » ou encore « Fuck you Jack ! » J’ai envie de pleurer, je coupe le GPS, je rappelle mon mari qui hésite entre le fou rire et la compassion. Je recommence tout, j’écoute Jack et j’arrive une heure et demie après les copines, hyper fébrile. J’ai mis un temps fou à me détendre ».
2) La docile
Gaëlle, 29 ans, s’en remet entièrement à son GPS et il ne lui viendrait pas à l’idée de ne pas suivre ses directives. Lorsqu’elle entre dans sa Mégane, le GPS intégré – qu’elle serait bien incapable d’éteindre – se met aussitôt à fonctionner pour son plus grand plaisir… à la condition qu’il se taise ! « J’ai horreur de lire une carte, ça donne envie de vomir. Quand mon entreprise a déménagé en banlieue parisienne, à 70 km de chez moi, j’ai pu essayer plusieurs itinéraires en tâtonnant, j’ai tenté pas mal de choses, sans GPS je ne me serai jamais risqué. Je le mets en mode silencieux, la voix c’est pénible, en plus elle a un accent vaguement british ou italien on sait pas trop, on se demande pourquoi, ça doit être pour plaire à mon mari. Par défaut c’est une voix de femme, on part du principe que ce sont les hommes qui conduisent, on imagine qu’une voix de femme c’est plus zen, ça a un côté éducatif, je change pas les paramétrages, c’est mon mari qui s’en occupe. Depuis qu’on a le GPS, on n’a plus de cartes dans la voiture, finies les engueulades et les leçons de morales quand c’est mon mari qui conduit ! Et puis si c’est moi qui ai le volant, il peut dormir tranquille, il se dit elle ne peut pas se perdre. En famille c’est bien aussi, on peut choisir la voiture qui est sur l’écran, la voiture de course, la voiture familiale, la berline …ça amuse beaucoup les enfants ».
3) La réfractaire
Isabelle, 40 ans, déteste les écrans tactiles qui lui donnent la sensation d’être complètement assistée. Elle apprécie de décider elle-même de son itinéraire et ne jure que par les cartes routières. « Notre 205 Peugeot est d’origine : vitres à relevage manuel, fermeture décentralisée, radio avec lecteur de cassette, sièges bien mous…Et puis nous, on aime les cartes, ces trucs en papier qu’on peut manipuler, froisser, tourner, déchirer. On peut voir le territoire en entier et ça nous oblige à savoir où est le Nord le Sud et les 4 points cardinaux, à calculer de tête combien il reste de kilomètres. Mon mari a un GPS sur son portable mais heureusement il ne s’en sert que de temps en temps sinon je deviendrai dingue. Bref, la voiture, les cartes et la boussole ! »



