Quelle mouche peut bien piquer les adeptes des bornes en solo ? Pourquoi tenons-nous tant à tenir un cerceau et à conduire plus qu’il n’en faut ? Tentative d’explication.

Plaisir conduire

Je suis au volant, seule, on est début février, toujours l’hiver. Tout à l’heure encore, j’étais dans l’impasse, celle que la vie réserve parfois et qui donne du chagrin. En amorçant les premiers virages depuis ma bulle à quatre roues, mon chagrin s’estompe peu à peu. Je croque cet horizon qui s’ouvre devant moi, le paysage lumineux d’une saison devenue soudainement suave, les maisons, les toitures, le drapeau flottant d’un château, les arbres, l’air sifflant, le vert revigorant, la chaleur humaine des hameaux, tous ces trésors qui nous appellent à travers la vitre et dans lesquels on se fond.

Plaisir conduire

Le vélo roule à la vitesse idéale pour découvrir le monde. Mais la voiture recèle quelque chose d’encore plus mystérieux et puissant : la vitesse et l’armure. Dans cette tôle qui déambule là où je veux bien la mener, je me sens protégée comme dans le ventre de ma mère. L’automobile, cette maternante invention ancrée dans notre profond héritage d’être humain. Derrière mon volant, j’accélère pour dissiper l’angoisse et l’angoisse de s’évanouir.

Plaisir conduire

Conduire est un acte, un acte jouissif dont il est difficile de se passer. 500km absolument seule à bord de cette carcasse qui semble bien vouloir s’imprégner de nos émotions. A chaque kilomètre, le plaisir dissipé palpite à nouveau en moi et se décuple en faisant corps avec mon char moderne. Je reprends vie, les idées s’éclaircissaient plus vite que si je m’étais confiée à un confident. Je me sens forte, rapide, et libre. Entre les mains, le gouvernail de ma vie. Cette vie en raccourcie, sous forme de parenthèse enchantée, que la voiture, objet magique et humanisé, offre le temps d’un trajet.
Je me sens tout à la fois mortelle et invincible. Sous le pied, l’accélérateur. Cette petite pédale à sensations qui fait battre le cœur au rythme d’une singulière chamade.

1 COMMENT

  1. Les adeptes du Tout « Transports en commun » se privent de certains petits plaisirs.

Comments are closed.