Emmanuel Macron a annoncé hier un investissement de 30 milliards sur cinq ans pour développer notamment l’hydrogène ? La ville d’Auxerre, de même que le département de l’Yonne et la région Bourgogne-Franche Comté, ont un train d’avance. Ils n’ont pas attendu, en effet, le plan France 2030 pour sauter dans les énergies du futur et créer tout un écosystème autour de l’hydrogène.

Inauguration de la station Auxhygen par le maire d'Auxerre Crescent Marault : hydrogène vert

Un programme baptisé AuxHYGen a ainsi été inauguré ce matin par Crescent Marault, le maire de la ville, accompagné des partenaires publics et privés, dont EDF et l’entreprise Hynamics qui ont contribué au financement de l’opération. Plusieurs bus circulent déjà dans l’agglomération auxerroise depuis le 9 septembre.

L’atout-clé du programme auxerrois de 8,5 millions d’euros, c’est que l’hydrogène sera produit par électrolyse (on le sépare de la molécule d’eau), à l’aide d’énergies renouvelables locales : éoliennes et barrages dans le Morvan. Une « économie circulaire de l’énergie »,pour reprendre la formule de Crescent Marault.

Le nerf de la guerre, c’est les usages. Avec un tel écosystème, plus la station est importante, plus on arrive à réduire les coûts. Des coûts d’autant plus importants que l’hydrogène vert est plus onéreux que l’hydrogène classique, produit à partir d’énergies fossiles. Mais Christelle Rouillé, la directrice d’Hynamics (filiale EDF), explique que l’avantage c’est « aucune émission de CO2 alors que la méthode classique émet 10 kg de CO2 par kilo d’hydrogène produit ». Et si au départ il y aura un surcoût, il y aura un retour sur investissement.

AuxHYGen : un écosystème unique en France

Auxhygen : hydrogène vert

Au-delà des bus payés par la ville, une station complète de recharge va permettre d’alimenter les engins, mais pas seulement. Ce pôle hydrogène se veut également un laboratoire complet permettant de valider in situ, les multiples possibilités offertes par cette nouvelle énergie.

Anne-Charlotte Laugier dans le bus à hydrogène Auxerrois

Ainsi, les 400kg fabriqués quotidiennement permettront également d’alimenter un TER pris en charge par la région qui circulera dans quelques temps. Ils seront également utilisés comme combustible de chauffage pour des bâtiments à énergie positive (BBC : bâtiment à basse consommation).

Auxhygen et Hynamics : hydrogène vert

Le bilan carbone de cette opération sera positif puisque cette plus grosse station de France à hydrogène permettra d’éviter 2200 tonnes de CO2 rejeté en un an. Au delà des économies en carburant réalisé par les différents équipements, l’opération permettra de créer plus de 1000 emplois (estimation) à Auxerre. 

Crescent Marault, le maire d'Auxerre, teste un vélo à hydrogène
Crescent Marault, le maire d’Auxerre, teste un vélo à hydrogène

Mobilité ferroviaire à hydrogène

Alors qu’en France, la mobilité ferroviaire à hydrogène est encore limitée au rang de théorie, la Bourgogne Franche-Comté a annoncé son intention d’acheter trois trains régionaux à hydrogène au constructeur Alstom. Dans cette affaire, la région, présidée par Marie-Guite Dufay, met le paquet financièrement. Les engins vont coûter 51,9 millions d’euros, soit 17,3 millions par rame. Toutefois, la partie des frais liée au développement de la technologie est prise en charge par l’Etat. Finalement, la Bourgogne Franche-Comté devrait débourser 14 millions d’euros par train, devenant ainsi la première région française à officialiser une commande de trains utilisant cette technologie sans émissions. Cet hydrogène permet aussi de produire de l’électricité à bord, grâce à une pile à combustible alimentée par un réservoir d’hydrogène (H2).

Chacune des rames (dites « bimodes », puisqu’elles peuvent aussi se brancher sur une caténaire, lorsque la voie est électrifiée) est composée de 4 voitures pouvant emporter jusqu’à 220 passagers, à 160 kilomètres/heure, avec une autonomie de 400 à 600 kilomètres. Elles sont destinées à circuler sur la ligne Laroche-Migennes-Auxerre-Corbigny-Avallon, dans l’Yonne, une voie non électrifiée. Les premières circulations à titre d’expérimentation auront lieu en 2023. Et les trajets commerciaux devraient démarrer en 2024.

Depuis plusieurs années, la France accélère sa révolution H2. Elle en fait un de ses objectifs majeurs de son plan de relance national. Sachant que les transports représentent le quart des émissions mondiales, la mobilité hydrogène incarnera-t-elle le futur de nos déplacements  ?