Avant, on pouvait partir à l’aventure sans un sou en poche. Juste avec un grand sourire et une petite pancarte. Il y a 20 ans, j’avais 18 ans et avec mon petit ami, on a eu une envie soudaine de tailler la zone. On a écrit Saint-Tropez avec un gros crayon sur un morceau de carton. On riait, shootés à la liberté, assis sur nos sacs à dos, au bord de la petite route de campagne bourguignonne. C’était le temps de l’insouciance : les automobilistes s’arrêtaient encore pour rendre service et échanger avec des inconnus. C’était l’âge d’or de l’auto-stop.
Le stop ne ressemble à aucun autre moyen de transport. Impossible de savoir quand et où on arrivera, et avec qui on voyagera. Le stop est synonyme de découverte et de rencontres. De liberté, aussi. Se déplacer en stop, c’est sortir de sa zone de confort.
C’est sans doute ça le problème… Sortir de sa zone de confort, découvrir, rencontrer. Sans tomber dans l’éternel refrain du « c’était mieux avant », on est bien obligés de constater que notre société se recroqueville sur elle-même. Il est loin le temps où toute une génération de routards estampillés « Jack Kerouac » auto-stoppait comme on respire. Faire du stop, c’était presque un mode de vie. Avec mes copines, on n’imaginait même pas de voyager autrement qu’en tendant notre pouce. Le stop c’était un état d’esprit. Une sorte de club entre gens cool. Les automobilistes qui s’arrêtaient étaient au fond aussi cool que les auto-stoppeurs qu’ils emmenaient. On avait le temps. Faire le poireau pendant quatre heures à la sortie d’un péage d’autoroute nous faisait plutôt marrer.
Le covoiturage, c’est le canada dry de l’auto-stop
Aujourd’hui, la peur, l’angoisse a pris le dessus. Si vous voulez faire de l’auto-stop et que vous êtes un homme, vous avez intérêt à ressembler à un baroudeur bien propret ou à enfiler carrément un costard. Car plus personne ne daigne vous faire monter à bord de sa voiture. Trop dangereux. L’auto-stop est devenu si précaire qu’il y a de moins en moins d’auto-stoppeur. Bien sûr, le plan de la jolie fille qui tend le pousse a toujours fonctionné et fonctionnera toujours. Mais rares sont les demoiselles qui prennent le risque de se faire trimbaler par n’importe qui. Le pire, c’est qu’elles ont raison.
L’auto-stop n’est certes pas complètement mort. Il s’est muté – comme notre société – en une nouvelle forme nettement plus proprette : le covoiturage. Le covoiturage, c’est le canada dry du stop : ça ressemble à du stop, c’est doré comme du stop, mais ce n’est pas du stop !
Photos : Yann de la Calle
Vêtements : veste textile taupe Harley Davidson, 178 euros (collection summer 2015)
Auto-stoppeur
Photo : Yann de la Calle
Blouson : Harley Davidson




