Lundi 8 octobre 2012, je suis en train de finaliser les budgets 2013 de ma société, spécialisée dans la distribution de pièces détachées pour l’automobile.

Mon Président entre précipitamment dans le bureau. Il semble soucieux. Il parle avec le Directeur Financier: l’Autorité de la Concurrence vient de sortir son rapport définitif sur une enquête sectorielle dans le domaine de l’entretien et de la réparation automobile. Les constructeurs automobiles ne seront plus les seuls à avoir de le droit de vendre des pièces détachées de carrosserie.

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Nous sommes perplexes. Si une intervention législative aboutit, quelles seront les conséquences pour notre secteur? Côté  indépendants ? Côté constructeurs?

Le rapport de l’Autorité de la Concurrence est sorti alors que le Salon de l’Auto battait son plein.

Aussitôt, les constructeurs ont tenté de répondre en improvisant une conférence de presse balbutiante. Le rapport de l’Autorité est dénoncé, alors que ce sont les mêmes acteurs qui ont participé à la remontée d’informations nécessaires à la rédaction des conclusions.

Les constructeurs étaient tellement énervés qu’ils ont saisi le Conseil d’Etat afin d’annuler l’avis de l’Autorité de la Concurrence. La demande de recours a été rejetée en juillet 2013.

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DES PRIX QUI S’ENVOLENT

L’Autorité de la concurrence s’est emparée du sujet dès 2011 suite à un constat tout simple: depuis 1998 le prix des pièces détachées n’a cessé de s’envoler en France (+8%) alors qu’il régresse dans les autres pays d’Europe. De même que l’INSEE évoque un poids de plus en plus important des pièces détachées dans le budget des ménages: plus de 20% du budget automobile (période 1998-2006) qui lui même représente 12% du budget global.

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Mais depuis rien ne bouge, depuis octobre 2012 c’est toujours la même chanson. Les consommateurs paient et personne d’autre.

Le marché global des pièces de rechange représente  plus de 13 milliards € en 2012 en France (source Feda), mais l’INSEE a plus particulièrement pointé du doigt l’ouverture à la concurrence des pièces de carrosserie. Ce monopole-légal- représente plus de 70% des ventes des pièces de rechange.

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LES PIECES DE CARROSSERIE PROTEGEES PAR D’ANCIENNES DISPOSITIONS LEGISLATIVES

En effet, le monopole des constructeurs porte essentiellement sur les pièces de carrosserie, dites « visibles » c’est-à-dire les ailes, le capot, le pare-chocs, le pare-brise etc… Ce qui veut dire que lorsque vous changez votre aile vous êtes obligés de vous rendre chez votre concessionnaire. Autrement dit la vente et production de carrosserie est donc intégralement maîtrisée par les constructeurs grâce à d’anciennes lois relatives au droit de propriété sur les dessins et modèles.

Les constructeurs ont férocement DEMENTI l’avis de l’Autorité de la Concurrence en expliquant que l’ouverture du monopole pourrait venir alimenter la contrefaçon de leur design et préviennent de la destruction potentielle de 2000 emplois.

Mais d’après le collectif Libère mon auto les arguments avancés sont faux. Tout d’abord les pièces sont massivement fabriquées à l’étranger, et ensuite les emplois ne sont malgré tout pas épargnés dans le secteur.

En attendant les acteurs de l’after-market sont obligés de trouver des astuces pour développer leur chiffre. NORAUTO a choisi de développer d’autres segments tels que les pare-brise (qui pour le coup sont des éléments visibles qui ne font pas partie du monopole des constructeurs) sur d’autres canaux comme le e-commerce.pieces detachées

Jeudi 10 juillet 2014

Arnaud Montebourg doit présenter ses axes stratégiques pour l’amélioration du pouvoir en France.

ESPERONS qu’une intervention législative pourra faire aboutir RAPIDEMENT l’avis de  l’Autorité de la Concurrence

Photographe : Tiffen