Au mois de décembre 2013, Air Liquide m’invitait à découvrir la première station au monde distribuant de l’hydrogène (Sassenage, près de Grenoble, sur le site privé du groupe Industriel Air Liquide). Avant-gardiste, c’est la Hyundai IX35 qui avait posé ses quatre roues devant la station à hydrogène. Car Hyundai tenait à être le chef de file de cette expérience novatrice.
Mais l’actu toute fraîche date de ce 18 novembre 2014 : Toyota a lancé la Mirai, la première voiture à hydrogène produite en série. Après la Prius qui a marqué l’histoire automobile avec sa technologie hybride, Toyota enchaîne donc avec l’hydrogène. Et compte bien faire tourner la tête avec tous les avantages de la voiture électrique sans ses limites kilométriques.
Dans la foulée, le groupe Volkswagen a lui aussi annoncé plusieurs autos à hydrogène : une Golf (la SW Hymotion), une Passat et une Audi (la A7 Sportback h-tron).
Comment fonctionne la pile à combustible ?
Alors qu’à terme nous aurons épuisé toutes nos ressources pétrolières, 75% de l’univers est constitué d’hydrogène. Cet élément chimique constitué seulement d’un électron et d’un proton, est donc quasi infini. La pile à combustible se loge devant, à la place du moteur dont elle a le même gabarit. Le véhicule produit alors de l’électricité grâce à une réaction chimique entre l’hydrogène et l’oxygène. Le seul élément rejeté est de la vapeur d’eau (H2o pour les amatrices de chimie). Au lieu d’être de l’essence ou du gasoil, c’est donc de l’hydrogène que l’on trouve dans le réservoir de la Hyundai ix35 Fuel Cell.
Dans la Toyota Mirai, la pile à combustible est installée sous les sièges avant. Elle produit 115 kW (156 ch) en puisant dans les 5 kg d’hydrogène comprimés dans 2 réservoirs en fibre de carbone placés sous et derrière la banquette arrière. A l’instar de la Prius, la Mirai utilise une batterie Nickel Metal Hydrure – positionnée derrière le dossier de la banquette – pour permettre de récupérer l’énergie cinétique de la voiture lorsque l’on décélère.

Les freins à l’hydrogène
Qu’est-ce qui pourrait bien freiner cette nouvelle technologie ? « Cela dépend désormais de la volonté des constructeurs et des clients », explique Franck Pichot, directeur marketing produit de Hyundai. Air Liquide accélère déjà les choses en fabriquant des stations de distributions à hydrogène au Japon et aux Etats-Unis. En France, il en faudrait, à terme, 300. La livraison des deux premiers véhicules de série tournant à hydrogène constitue un jalon important dans le développement de cette filière. Sûre et performante, cette technologie ne demande plus qu’à se répandre dans le monde.
2 autres freins
1- L’hydrogène est aujourd’hui ultra majoritairement produit à partir de gaz naturel, ce qui, en termes d’émissions de CO2 met la voiture à hydrogène au même niveau qu’une voiture hybride essence.
2- La pile à combustible capable de transformer l’hydrogène en électricité est encore très coûteuse, notamment parce qu’elle contient du platine.
En revanche, pour ce qui concerne l’idée reçue de la « bombe roulante » pouvant exploser à tout moment, Akio Toyoda, président et directeur général de Toyota Motor Corporation, se veut très rassurant : « La Mirai a survécu à des millions de kilomètres sur piste d’essai, à dix ans de tests sur des routes publiques, dans le froid glacial ou la chaleur torride, mais aussi à de nombreux essais de chocs ».
Les atouts de la voiture à hydrogène
Avec une voiture électrique, l’automobiliste doit s’adapter à l’auto qui recèle encore de nombreuses contraintes : une faible autonomie (120 km en moyenne), 12 heures de charge et un stress important pour surveiller la jauge. Ici, la technologie développée la Hyundai IX35 et la Toyota Mirai est similaire en tous points à une expérience de conduite à bord d’une voiture thermique. L’IX35 et la Mirai ne nécessitent que de 5 minutes de recharge, disposent d’environ 450 km d’autonomie et possèdent exactement le même châssis et puissance qu’un modèle thermique. Enfin, cette technologie en rupture avec tout ce qui existait jusqu’à présent, permet au véhicule de ne rejeter que de la vapeur d’eau. Magique.
Quelques chiffres
Mieux que les voitures électriques ?
1-Avec un seul plein d’hydrogène, la Toyota Mirai peut parcourir 450 km.
2-Pour recharger la pile, 5 minutes suffisent.
3- Rejet : uniquement de la vapeur d’eau.
Energie renouvelable
Produire de l’hydrogène, c’est une manière pertinente de stocker l’électricité produite en excès par les éoliennes et les panneaux solaires photovoltaïques (lorsque la demande est faible).
Coût de construction de chaque station de distribution d’hydrogène : plus de 1 million d’euros
Prix du kilo d’hydrogène : actuellement de 10 € HT environ le kilo en coût de production par vaporeformage de gaz naturel
Plan d’action pour la Toyota Mirai
1-Toyota lancera la Mirai dès le mois de décembre 2014 au Japon. Objectif : 100 stations à la fin 2015.
2- Puis Toyota lancera la Mirai en 2015 aux États-Unis. 20 stations en 2015. Et 40 en 2016 sont prévues.
3- La Mirai sera commercialisée en Europe en 2015 aussi. Mais seulement sur les marchés les plus avancés sur le plan de l’infrastructure, soit l’Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni.
Soit au total : 3 000 Mirai avant la fin 2017
Tarif : 78 600 € (TTC) en Allemagne avant aides à l’achat qui vont parfois jusqu’à 50 % du prix total de la voiture. Toyota devrait aussi proposer une formule de leasing dont le loyer pourrait être compris entre 1 000 et 1 200 € par mois.
En revanche, rien n’est prévu à court terme en France.





