Il aurait pu être pilote professionnel. Mais il avait mieux à faire. Et Daniel Belavicqua, alias Christophe, a bien fait. Car, infatigable, l’artiste de génie qui a fait un pas à côté de la vie ce jeudi 16 Avril 2020, a créé pour nous des mélodies et des textes inoubliables. Je l’ai interviewé, de nuit, à Montparnasse, dans son appartement-musée, entre sa collection de juke box et sa table de poker. C’était pour le magazine Allure, tenu par Michel Birot, un grand photographe qui nous a quittés trop tôt aussi. J’aurais aimé ne plus jamais quitter Christophe tant il était raffiné, attachant, drôle et surprenant. Car tout ce qu’on ne voit pas dans une interview, ce sont les coups d’oeil, l’intonation de la voix, les attitudes, les doutes, les silences, le génie à l’état pur.

Mort Christophe

« Je trace ma ligne d’horizon, à fond »

C’était en 2013. Christophe avait perdu son permis de conduire depuis 10 ans déjà. « Je n’ai pas touché au Cheval Cabré depuis si longtemps. Enfin, je mens un peu. Il m’arrive de dépasser l’interdit. Et je trace ma ligne d’horizon, à fond. Pas vu, pas pris ». Il en riait jaune : « ‘Avec la voiture, on a un peu divorcé. Faudrait qu’on se remarie. Pour ça, il faut que je repasse le code aussi, ce truc de malade ! Pas de doute , ce sont des malades mentaux qui font le code ! Il y a vraiment un film à faire ». L’artiste me disait que ce serait bien que le Saint-Christophe revienne un jour sur les routes. Avant d’ajouter : « Sauf que dans les rues, c’est la guerre ! Si je pouvais à nouveau conduire, c’est moi qui serais en danger, pas les autres ! Je serais en otage toute la journée ! ».

Photo forum actif

Pour Christophe, le permis à point, c’était de la « connerie ». Il trouvait, à juste titre, son retrait de permis injuste. Car il aurait pu être pilote professionnel sans problème. Mais pas en F1. « La F1, c’est proche des échecs. Plutôt en prototype, c’est plus proche du pocker. Moi j’aime jouer ». Dans sa chanson Stand 14, l’artiste évoque Pierrot Landrau, le tenant du garage de Montlhéry, la Mecque de l’automobile. « J’y passais mes jours et mes nuits. Le matin, je dormais sous le bureau de Pierrot, la nuit dans ma Mini. Et le reste du temps, je pilotais. J’ai même gagné le critèrium Jean Behra, en 1968, à Magny-Cours ». Christophe a même concouru contre Jean-Louis Trintignant avec un tonneau chacun à la clef ce jour là. « J’étais amoureux de sa fille… Alors, sur la route de tous les jours, je pense qu’il faut comparer ce qui est comparable ! ».

Ce que peu de gens savent, c’est que Christophe, qui était passionné de Cadillac, avait inventé « La Christophe », un coloris de carrosserie rose, aux reflets blanc nacré. « Une femme qui habitait comme moi, près des remparts du vieil Antibes, avait même réclamé ce coloris pour sa Fiat ».

« La voiture, c’est ma drogue ». Christophe évoquait le son du moteur de la nouvelle Ferrari, avec le moteur à l’avant. « C’est le son d’une Daytona pas d’une Boxer, rien à voir. C’est le cuir, la peinture, l’odeur du vernis. C’est un tout. Plein de parfums qui se mêlent… Ce n’est ni entêtant, ni enivrant, c’est (Il avait réfléchi, porté les doigts à ses lèvres) du concret, du réel ».

L’artiste qui trainait sur les tapis, autour d’un Gin, avec Sagan, aimait particulièrement les Porsche « qui sont des voitures pour grands. Une voiture c’est comme une femme, ça s’apprivoise et certaines conviennent, d’autres pas. Il faut un instinct, un feeling qui marche… »

Il avait des millions d’admirateurs. Et seules 10 personnes assisteront à ses obsèques. Confinement oblige. Immense tristesse.

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