Matelot des mots. Tous les jours à naviguer sur des phrases, des pots d’échappements, des romans, des scenarii, des publi, des reportages, des fantaisies. L’écriture m’a mordue. J’avais cinq ans. J’ai appris à écrire uniquement pour cela : coucher mes sensations, ma vision insolite du monde, ma perception accrue, sans filtre, de la vie. Mon premier écrit était un poème, « La naissance d’un chat ». Il était long de 12 vers en Alexandrin. Le dernier, un roman qui parle d’une pétasse au volant. Entre temps, j’ai écrit pour les enfants et les ados. Les adultes parfois.
A 19 ans, je mène de fronts mes études de Lettres et de STAPS tout en allant piger dans les Haut du Lièvre pour l’Est Républicain. Un souvenir fort : aucun correspondant n’osait couvrir ce quartier jugé à risques. Je n’ai jamais rencontré autant de gens chaleureux, dynamiques qui n’avaient qu’une envie : s’en sortir.
Après une prépa St-Cyr (17 à 19 ans) et une année d’Agrég de Lettres, je réussis l’IPJ (Paris). Journaliste, ma passion, mon métier, ma vie. A 22 ans, j’ai créé un magazine culturel dans les pages d’un magazine Versaillais du groupe Wolters Kluwer. J’ai interviewé de fabuleux artistes (MC Solaar si brillant, Arno si attachant, Noa la chanteuse à la voix d’or, Anthony Kavanagh qui m’a fait monter sur scène lors de son show, des centaines de peintres, des comédiens plus confidentiels mais talentueux, des directeurs de théâtres, des écrivains…). Puis, cinq ans plus tard, je décide de me jeter seule dans le grand bain du journalisme. Reportages freelance pour L’Equipe Magazine, Libé, des magazines de tourisme, de sport… Je ne me souviens plus de tout ce que j’ai produit. J’ai toujours préféré (à tort sans doute) le futur, les nouveaux défis, le prochain challenge. La remise en question perpétuelle, c’est mon fort (hélas).
Puis vint le temps de la blogosphère. Je ne m’y attendais pas. Un matin, on m’a proposé de lancer le premier blog sur les filles et les voitures : Eve Auto. J’ai trouvé l’idée folle. Mais très vite, les souvenirs de l’époque où mon père me faisait conduire sur les routes Nationales pour « être ses yeux » car il avait une cataracte, la douce image de ma mère qui adorait tant conduire et me disait sans cesse « Il vaut mieux avoir une auto qu’un homme » (comme j’en riais !), ont resurgi. Je n’y connaissais rien, en bagnole. Mais j’avais la passion du pilotage. Jamais une journée ne se passe sans que je ne ressente le besoin pressant de conduire. Alors j’ai osé. Et l’auto m’a mordue à son tour. Mon truc : en parler avec un oeil neuf, différent, presque comme une consommatrice, presque comme si je racontais des histoires (un peu comme mon ami Dingo). La première fois que j’ai dû faire mes preuves au volant, j’ai enlevé mes talons et j’ai accéléré pieds nus pour clouer mes collaborateurs de l’époque, au siège.
En 2008, je lance mon premier blog Charlotteauvolant tout en continuant à piger pour de grands magazines. Une société me rachète. Je décide alors de lancer Les Enjoliveuses avec une fille, Clémence, pour une équipée féminine rigolote. Hélas, le destin m’a arraché ma mère. De longues années de souffrance et de doutes. De tristesse intense qui me poursuit encore aujourd’hui. Je revends ce projet où j’ai pourtant laissé tant de travail. Créer un blog pro est une somme de sacrifices, de nuits blanches et de ténacité. L’univers macho n’a finalement pas été celui qu’il fallait redouter (même si les mecs m’ont parfois bien remuée). Les filles sont sans doute nos pires ennemis. Et je garderai à jamais un goût amer pour une aventure que je voulais douce et légère. Malheureuse, déçue, j’ai préféré claquer la porte de mon propre blog. Les Enjoliveuses seront associées à la perte d’un être cher, à un séisme intérieur, un tsunami dévastateur.
Il y a trois ans, j’ai tout reconstruit. J’ai remis en route mon blog Charlotteauvolant.net, tant bien que mal, avec bien des déboires au début. Le compteur était à zéro. J’étais seule face à la feuille blanche. Et tous ces réseaux sociaux à reconstruire. Petite digression : élaborer un blog, c’est aussi passer des heures sur twitter, insta, facebook. Un post doit voyager, toucher une communauté. C’est compliqué. Il faut endosser toutes les casquettes : recherche de partenaires, écriture quotidienne bien sûr, visuels à créer, design à peaufiner…etc… C’est du temps et aussi de l’argent. Parallèlement, j’ai lancé MadameToutLeMonde.fr il y a un an. Un blog pour m’amuser et pour parler entre filles, pour nous rassurer. Un espace qui s’adresse aux femmes de plus de 35 ans qui sont au top sans être top model. Une façon de m’échapper un peu de l’univers strictement automobile dans lequel je retiens les chevaux, ma personnalité loufoque, sans limite.
Je rebondis sur cette question de thunes. Pourquoi faudrait-il se justifier ? Pourquoi serait-ce un crime de gagner de l’argent avec la sueur de son travail ? Cela est bien français. Certes, je suis née en Bourgogne profonde, mais enfin, blogueur est aujourd’hui un boulot comme un autre. Il y a un côté amateur puisque notre bureau se trouve à la maison, parce qu’on est libres de s’organiser comme on le souhaite (de manger une pomme sur le canapé à 10h si on veut ou de partir courir à 15h si ça nous chante), parce qu’il y a 15 ans, un blog, c’était un loisir. Mais nous sommes bientôt en 2017, beaucoup de journalistes sont passés sur la toile comme moi, et quid de l’écriture quotidienne, du travail de création, des réseaux sociaux chronophages, de la qualité du travail et de ses fruits ?
Parallèlement à CharlotteAuVolant et MadameToutLeMonde, j’ai également élaboré la rubrique automobile du Journal des Femmes dont j’ai fait le plein d’articles pendant quatre années.
Loin des tapis rouges du journalisme, la blogosphère m’a volée beaucoup de choses : mon temps, mes correcteurs (où sont passés mes SR ?), mes équipes (Où sont mes rédac chefs ?), ma notoriété (« C’est qui cette blogueuse auto ? »), ma crédibilité (« Ce n’est qu’une blogueuse »). Il me reste une chose : mon propre travail, mon dynamisme pour seul moteur. Le journalisme m’a tout appris : l’humilité (lorsque je ne pouvais pas signer mes articles, et Dieu sait s’il y en a), la précision, la rigueur. La blogosphère m’enseigne de nouvelles choses : l’abandon du « On » pour le « Je », l’égocentrisme (Qui tient un blog aime forcément se mettre en scène. C’est en cela que je retrouve ma passion pour le théâtre), mais aussi beaucoup de créativité, de ténacité et de prises de risques. L’exercice est différent. Mais intéressant. La guerre journaliste-blogueur me semble dénuée de sens. En revanche, la formation de journaliste apporte forcément un autre éclairage, une solidité. La tête tourne moins : on sait que l’on écrit avant tout pour nos lecteurs et non pour nous-mêmes.
Créer un blog pour gagner de l’argent ? Pourquoi pas. Mais il faut un passif important. Une valeur ajoutée. Un savoir-faire. J’ai moi-même encore beaucoup de choses à apprendre sur une toile qui défile et défie sans cesse. C’est un challenge, une incertitude de tous les jours. Une mise à nu, une chevauchée du diable (comme sur scène).
Un dernier message furtif : si vous êtes les meilleurs du monde, lancez votre propre blog…




Malgré nos fêlures, nos doutes, les obstacles que nous rencontrons dans notre vie, il faut continuer et se dire que le meilleur reste à venir… Bonne continuation et à cette nouvelle année qui commence, merci à vous pour nous faire partager vos articles nous les nanas et en espérant qu’il y en aura encore !
Je me suis également lancé dans l’aventure il y a presque 2 ans. Une audience qui progresse bien malgré la rédaction d’un seul article par mois… gérer un blog demande beaucoup de temps même en amateur comme moi. Aucun gain pour moi pour le moment. Peut être plus tard, qui sait… bon courage pour la suite ! 😉
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