Voici ma chronique Skoda Kodiaq qui a été publiée dans les pages du Moniteur Automobile. Bonne lecture !

Quand je l’ai croisé, à la machine à café, il était tout miel. Et justement, le chef voulait me faire essayer un ours. « Un SUV qui te ressemble, qu’il me fait. Une auto habillée comme toi : avec bon goût, pas de clinquant, de la bonne coupe, mais rien de voyant. » Quand il me flatte comme ça, dès le matin, c’est que le chef a décidé de me faire passer une sale journée. C’est donc avec un poil de réticence que je m’élance.

Mais en guise d’ours, le Skoda Kodiaq n’en a que le nom. Celui d’une bestiole pas commode dénichée au fin fond de l’Alaska. Quant à la commode, le crossover tchèque est suffisamment grand pour l’embarquer dans sa soute gigantissime, me laissant même de la place pour y caler mon vanity à peine plus petit. Mais je n’en suis pas encore à mesurer le coffre, seulement à ausculter l’extérieur de la bête. Le chef trouve cette ligne de bon goût ? J’avoue que je la juge plutôt passe-muraille. En même temps, Skoda ne nous a jamais habitué à des voitures de cirque. L’anti bling-bling est un style et l’éminent membre du groupe Volkswagen en est le grand vizir. Mais je reconnais à ce Kodiaq une cohérence que toutes les Skoda n’ont pas. L’austérité lui va bien. C’est l’auto BCBG de la famille « pull bleu sur les épaules du papa et serre-tête dans les cheveux de maman ». Une famille qui peut avoir beaucoup d’enfants puisque le SUV est dispo en version 7 places. Je hais les serre-tête et le bleu ne me va pas au tain, mais j’avoue que ce Kodiaq a du chien, et pas seulement de l’ours. Son côté hyper sérieux sans doute. Il rassure la fragile princesse que toutes les filles cachent au fond de leur occiput reptilien. Dehors comme dedans, on ne rigole pas. De la carrosserie à la planche de bord, chaque élément respire la solidité. Le meccano est précisément assemblé. Mais on n’est pas au salon de l’auto de Bruxelles ou l’on regarde tournicoter les voitures sur des podiums. Pas de figuration, de l’action. Contact. Quelques kilomètres plus loin, j’ai le curieux sentiment d’avoir déjà conduit un engin pareil. Et même plusieurs. Tu m’étonnes Simone : le Kodiaq est le cousin de l’Ateca qui lui-même est le demi-frère du Tiguan.

J’explique pour tous ceux qui ne sont pas généalogistes automobiles. Dans la famille VW, on rationalise. Et quand on tient un modèle on le décline dans les filiales. Ainsi, le SUV compact s’appelle Tiguan chez Volkswagen, Ateca chez Seat et Kodiaq, donc, chez Skoda. Une plateforme pour tous et tous pour une même famille de moteurs. Enfin c’est surtout un bloc qui représente la majorité des ventes dans toutes ces marques. Ce bon vieux 2L TDI 150ch diesel est une vieille connaissance et le retrouver sus le capot de ce Kodiaq me fait autant plaisir que lorsqu’une vieille copine de collège me refait signe sur Facebook et que je me demande, avec un poil d’anxiété, si aujourd’hui, elle n’est pas plus belle et plus riche que moi. Évidemment, je préfère une copine devenue moche et fauchée, mais dans le cas de ce moteur au mazout, j’avoue qu’il passe largement l’examen dans les entrailles de ce pourtant lourd Kodiaq. Le grizzly affiche pas loin de 1,7 tonnes et quand on le remplit de papas, de mamans, de bambins, de serre-têtes et de pulls bleus, il frise l’obésité. Mais le 150ch a un gros cœur et le couple qu’il faut pour emmener tout le monde à Palavas-Les-Flots. Et en hiver, il poussera même jusqu’à Sestrières puisqu’il ne rechigne pas à disposer de quatre roues motrices s’il le faut. Encore moins de la boite auto DSG à 7 rapports hautement recommandable.

Évidemment, j’entends le chœur des grincheux répliquer qu’une auto de bonne famille doit avoir un certain prix. C’est vrai : ce Kodiaq n’est pas franchement low cost. Et tous ceux qui pensaient se jeter dans les bras tchèques pour échapper aux prohibitifs tarifs allemands en seront pour leurs frais. En version 4×4, boite auto et moteur TDI 150, la bête réclame de l’avoine : 37 470 euros. Mais à ce prix là, elle a tout ce que toutes les autres n’ont pas : la climatisation, le démarrage sans clé, un système audio à 8 haut-parleurs, un radar de stationnement avant et un écran 8 pouces avec le GPS. Les grincheux en veulent encore ? Je leur rajoute la reconnaissance des panneaux et les vitres arrière surteintées. Laissez, c’est pour moi. Évidemment, les strapontins de la troisième rangée destinés à caser les petits derniers habillés en Cyrillus sont facturés en plus. 820 euros à rajouter à la douloureuse. Mais au final, on s’aperçoit que l’ours tchèque se la joue honnête et il met au défi tous ceux qui trouveront mieux, pour moins cher.