Même route pour même rêve : la Liberté

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A travers les vitres de ma voiture, je la vois. Majestueuse, elle s’élance vers le ciel. Elle touche le soleil, notre Liberté. Jamais je ne l’ai senti aussi naturelle, puissante, belle et évidente. En tentant de l’assassiner, les criminels nous ont permis de la savourer à nouveau avec tout son jus, toute sa contenance dont le fruit est notre bonheur. Malgré tout, je tremble derrière mon volant : pourrons-nous encore être insouciants après ça ? Tout mon corps souffre comme si j’avais vécu la situation effroyable du Stade de France, la torture ineffable du Bataclan… J’entre dans un demi sommeil tout en conduisant : je suis cette femme recroquevillée dans un bar qui a vu sa meilleure amie périr sous les balles, je suis cette jeune femme qui s’amusait au Bataclan et qui se retrouve face contre terre sous plusieurs corps inertes. Je suis le chéri de cette jolie gamine dont ils ont gratuitement ôté la vie. Je suis cet enfant qui n’a plus de parents…

Je m’arrête sur le bord de la route. Les images atroces défilent. J’ai cette colère inouïe, cette tristesse aussi et cette peur pour aujourd’hui, pour demain. Je réalise la barbarie qui se démasque. Je m’effondre. « Maman, qu’est-ce que tu fais ? On veut aller à l’école nous !« . Mes enfants, si beaux et naïfs, m’extirpent de mon cauchemar. Je les regarde dans le rétro en cachant mes larmes. Je culpabilise : dans quel monde les entraîne-t-on ?

Je reprends la route. Personne n’est nerveux au volant. En ces jours particuliers, nos voitures sont des lieux de recueillement. Chacun est à l’intérieur de soi tout en faisant unité avec les autres.

A un feu vert, à la fois pensive et sur le qui-vive dans cette atmosphère étrange que personne n’a pu connaître excepté ceux et celles qui ont connu la deuxième guerre mondiale, j’oublie de démarrer. Aucun coup de klaxon. Juste ce silence de recueillement. Cet envie de ne faire qu’un, de s’unir.

Je dépose les enfants avec un pincement. Avec cette impression de les mettre en ligne de front. Sont-ils en sécurité ? Pour la première fois, je me surprends à en douter. Pourtant chacun doit reprendre son chemin. Chacun doit emprunter à nouveau la route principale vers le bonheur, la sérénité, la Démocratie, la Liberté.

Sur le chemin du retour, au volant de mon auto, je la vois. Majestueuse, elle s’élance vers le ciel. Jamais je ne l’ai senti aussi naturelle et puissante. Elle fait partie de moi, de nous, la Liberté. Sans elle qui serions-nous ?

Silence absolu dans l’habitacle.

Journée de deuil.

Recueillons nous.

Cette nuit, la Liberté se balancera aux étoiles. Comme toutes les prochaines nuits. Et le jour, elle touchera le soleil. Pour toujours.

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